AGAPES FRANCOPHONES 2017
Marques scripturales du silence. L’emploi de l’italique dans les récits de Henri Thomas Dana-Maria UNGUREANU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie Résume. Parue entre 1940 et 1993, l’œuvre d’Henri Thomas se remarque par sa qualité et par sa profusion. L’auteur a abordé les différents champs de la création littéraire (romans, récits, nouvelles, poésies) mais aussi la critique, la traduction et le domaine autobiographique. Il reste pourtant un écrivain quasiment inconnu pour le grand public et cela en grande partie parce que son œuvre résiste à la lecture et ne se laisse pas facilement intégrer dans les canons littéraires. Limpides au premier abord, ces textes nous donnent pourtant la vive sensation d’un mystère innommable que le lecteur ne peut approcher que par détours. L’article ci-présent part de l’hypothèse que la réticence est la figure dominante de ces textes qui oscillent en permanence entre le dit et le non-dit, entre le montré et le caché, entre la précarité et la surabondance discursive, entre la parole et le silence. Dans les pages qui suivent, nous nous proposons d’analyser l’inscription concrète de la réticence dans le texte à travers l’emploi d’une marque scripturale immédiatement repérable – l’italique. Nous verrons que l’emploi abondant de celui-ci est le signe d’un style particulier et du rapport de l’auteur à son texte. Abstract. Published between 1940 and 1933, Henri Thomas’ work stands out for its quality and quantity. The author approaches different spheres of the literature (novels, short novels, poems) but also critic, translations or autobiographies. Despite all this, Henri Thomas remains a writer almost unknown to the large public, mostly because his works resist reading and are not easily integrated in the literary canons. Transparent at a first sight, his texts give us the strong sensation of an unnamable mystery that the reader can only approach indirectly. Our article starts from the hypothesis that reticence is the dominant figure of these texts which are permanently oscillating between told and untold, between revealed and unrevealed, between austerity and discursive super abundance, between what’s said and silence. In the following pages we would like to analyze the definition of reluctance in writings by using an immediately notice able writing mark – the italics. We will notice that over using them is a sign of a particular style and the author’s relationship with its text. Mots-clés : Henri Thomas, récit, silence, réticence, italique Keywords : Henri Thomas, narration, silence, reluctance, italics Henri Thomas se remarque dans le paysage littéraire par la qualité et la richesse de son œuvre. Entre 1940 et 1993, dix-huit romans de l’auteur ont paru (quatre ont été publiés après sa mort, dont deux inachevés), cinq volumes de nouvelles et neuf volumes de poésie. À quoi s’ajoutent des carnets 1 , de nombreux 1 L’auteur a publié de nombreux carnets : Le Porte à faux , Paris, Minuit 1948 ; Le Migrateur , Paris, Gallimard, coll. « Le Chemin », 1983 ; Le Tableau d’avancement , Fata Morgana, Fontfroide-le-Haut/Montpellier, 1983 ; Compté, pesé, divisé , 1989 ; La Joie de cette vie , Paris, Gallimard, 1991 ; La Défeuillée , Cognac, Le temps qu’il fait, 1994 ; Londres, 1955 , Fontfroide-le-Haut/Montpellier, Fata Morgana, 1999 ; De profundis americae : Carnets américains, 1958-1960 , Cognac, Le temps qu’il fait, 2003 ; Henri Thomas : carnets inédits, 1947, 1950, 1951 , Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers de la N. R. F. », 2006. L’édition complète des carnets a été publiée posthumément aux éditions Claire Paulhan.
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