AGAPES FRANCOPHONES 2021
Avant-propos Quand notre petite communauté francophone de la Faculté de Lettres de Timisoara s’est arrêtée sur le thème de frontière(s ), nous avions en vue aussi le sens littéral et géopolitique du mot. Comme beaucoup de monde dans notre région, nous étions en partie conscients du cours risqué qu’allait prendre l’histoire, car il y avait maints signes avant-coureurs qui s’amoncelaient à l’horizon. La Géorgie avait déjà subi l’invasion de l’armée russe en août 2008. Quelques années plus tard, en 2014, l’Ukraine éprouvait les attaques de la Russie, qui annexait en un clin d’œil la Crimée et ouvrait, à long terme, un front meurtrier en Donbass. En 2021, le nationalisme battait déjà son plein et les populistes rêvaient tous et partout d’un pays « plus grand », le leur. Le premier en date, fin 1999, Putin n’avait que l’idée obsessive de « restaurer la grandeur de la Russie », alors que l’empire s’étendait déjà sur deux continents et sur des myriades de peuples et de territoires asservis. Depuis deux décennies, le monde semble étouffer entre des frontières étriquées. D’aucuns parlent d’Empire Ottoman, d’autres contestent le Trianon, d’autres encore trouvent que l’Europe unie pèse trop sur leur souverainisme… Dans un monde qui se précipite vers la confrontation, la contestation et l’accomplissement d’ambitions démesurées, et comme pour couronner l’instabilité générale, il ne manquait que Let’s Make America Great Again … L’histoire s’est accélérée le 24 février dernier. Et c’est toujours sur une question de frontières que cette accélération s’est produite, ou plutôt sur une contestation de plano des frontières. Un certain grand pays ne devait plus exister, car son peuple était « une pure invention », selon le tsar de Moscou. Ce qui paraissait un thème entre autres pour un colloque organisé quelque part aux confins de l’Europe se charge soudainement, en un seul jour, de contours tragiques. Les frontières redeviennent, comme autrefois, l’objet majeur de toutes les inquiétudes. Notre métaphore, qui nous permettait de réunir via Internet des spécialistes aux intérêts académiques divers, risque en ce moment de s’installer en porte-à-faux par rapport à la réalité environnante quand la présente publication paraît. Il y avait cependant une précaution prise dès le début : c’était l’invitation insistante que nous avons adressée au Professeur Astrid von Busekist de Sciences Po Paris d’ouvrir nos travaux, car elle allait rendre
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