AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 146 toujours l’absence de caractère fixe, puisqu’elle change d’avis immédiatement après le mariage et commence à rêver d’un amour absolu. En dehors de ces similitudes psychologiques entre les deux personnages, il y a aussi une différence notable concernant la conception sur l’amour et l’objet de l’amour. Si Danceny représente pour Cécile l’objet unique de son amour pour lequel dans sa naïveté elle sacrifie sa vertu, au cas d’Emma Bovary les choses sont plus compliquées, puisqu’elle cherche à adapter le caractère de ses amants d’après l’homme idéal, qui n’existe que dans sa fantaisie. Les ruses de Madame de Merteuil et de Valmont font que la jeune fille soit une sorte de « proie de guerre » en devenant l’amante du vicomte. À cela contribue aussi l’amour excessif pour Danceny qui la détourne de son refus de faire le jeu des deux libertins. Cette faiblesse se voit dans ses actes: « je vous prie, Monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de me remettre cette clef que vous m’aviez donné pour mettre à la place de l’autre ; puisque tout le monde le veut, il faut bien que j’y consente aussi » (Laclos 1972, 368). En fait, « tout le monde » signifie « Danceny ». Cela accentue le rôle important du jeune homme dans sa vie. L’excès de l’amour pour Danceny la fait tomber dans l’excès de la débauche, avec Valmont. Une fois rentré dans sa chambre, Valmont bénéficie d’abord d’un rapport inégal de force physique. Dans ses tentatives de baiser Cécile, elle essaye de se débattre, mais elle ne peut pas résister à la force d’un homme. Le manque d’expérience à laquelle s’ajoute le manque de force physique et moral conduit la fille dans les bras du vicomte, qui sait profiter de chaque moment. Finalement, la fille se soumet au jeu de la séduction, ce qui est une autre preuve de sa faiblesse : […] portant toute son attention, toutes ses forces, à se défendre d’un baiser, qui n’était qu’une fausse attaque, tout le reste était laissé sans défense ; le moyen de n’en pas profiter! J’ai donc changé ma marche, et sur-le-champ j’ai pris poste. […] Elle s’était jetée aussi au cordon de sa sonnette, mais mon adresse a retenu son bras à temps. […] Cette courte harangue n’a calmé ni la douleur, ni la colère, mais elle a amené la soumission. (Laclos 1972, 270) Au manque naturel de force physique s’ajoute la faiblesse morale, le manque de principes et d’éducation maternelle, l’incapacité de discerner le bien et le mal et de s’imposer des limites. L’amour excessif pour Danceny et le désir ardent de pouvoir encore communiquer avec lui la conduit au lit du

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