AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 152 même. Elle vit sagement du point de vue de l’opinion publique de l’époque, mais parallèlement elle est une libertine qui jouit de tous les plaisirs interdits par les conventions sociales. Madame de Merteuil contrôle et manipule les autres, elle dirige les actions des hommes et a toujours un projet, un plan pour venger la trahison ou le manque de considération des autres. Malheureusement, elle ne connaît pas la mesure. Même si elle semble détenir le contrôle de ses actions, cet excès de raison a ses limites. Accoutumée à toujours gagner les luttes contre les hommes, la marquise devient très orgueilleuse. Cet orgueil exagéré devient l’expression de sa faiblesse, parce qu’il l’éblouit. Le succès entraîne inévitablement la vanité, qui réduit peu à peu la conscience de ses propres limites. Au commencement du roman, c’est la vanité et la douleur de se sentir repoussée qui lui dicte de se venger contre Gercourt. Elle ne supporte pas être abandonnée, humiliée. L’excès de cette vanité se manifeste aussi dans ses rapports avec Valmont. Elle devient trop calculée, trop cynique, trop orgueilleuse et cela représente une vulnérabilité inconsciente. La marquise se veut toujours la préférée et ne peut pas supporter l’idée que quelqu’un d’autre peut être plus important qu’elle dans la vie d’un homme. Après avoir dicté à Valmont la lettre de rupture, elle lui avoue le plaisir qu’elle a éprouvé de le manipuler. Son cynisme connaît l’apogée : Oui, Vicomte, vous aimiez beaucoup Mme de Tourvel, et même vous l’aimez encore ; vous l’aimez comme un fou : mais parce que je m’amusais à vous en faire honte, vous l’avez bravement sacrifiée. Vous en auriez sacrifié mille, plutôt que de souffrir une plaisanterie. Où nous conduit pourtant la vanité! Le Sage a bien raison, quand il dit qu’elle est l’ennemie du bonheur. (Laclos 1972, 411) Elle parle généralement de la vanité sans se rendre compte de sa propre situation. La marquise veut toujours être la préférée, même de son ancien amant. Pour madame de Merteuil, le fait que Valmont est tombé amoureux de la présidente est perçu comme une humiliation. Son orgueil démesuré lui interdit de voir en Valmont un ennemi redoutable. Elle se laisse ainsi portée par le jeu des vanités. Ce désir d’avoir l’exclusivité dans la vie d’un homme rapproche la Marquise d’Emma Bovary, qui ne peut pas supporter l’idée que Rodolphe avait connue d’autres femmes avant elle. Leur égoïsme dicte dans tous leurs actes, mais surtout quand il s’agit de relation avec les hommes.
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