AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 151 Dans une seule phrase, l’auteur réussit à synthétiser une dualité qui caractérise le personnage d’Emma Bovary, puisque tous les deux ensemble contribuent à un bien être relatif de la jeune femme. Le sexe et l’argent sont aussi l’expression de la faiblesse, du défaut de raison. Ils représentent une fausse clé de tous les conflits, parce que tous les deux vont provoquer la faillite et la mort d’Emma. La passion et l’argent tiennent de la superficialité de l’être, pas de la profondeur de son âme. Nous approuvons cette perspective, mais nous considérons que celle-ci doit être complétée par une autre. Celle-ci nous aide à situer le personnage dans les tendances sociales du siècle. L’un des critiques qui assument une telle perspective est Norbert Jonard. Dans l’oeuvre L’ennui dans la littérature européenne. Des origines à l’aube du XX e siècle , le chercheur identifie un « mal » bourgeois au XIX e siècle, tout comme François Bluche identifie un « mal des salons » spécifique à la fin du XVIII e siècle. Norbert Jonard essaye de donner une définition contextuelle du syntagme : « Jusqu’en 1848, en effet, l’Europe avait connu une période de faim monétaire mais avec la révolution industrielle l’argent est devenu roi. À la société de la rente a succédé celle de la spéculation. » (Jonard 1998, 160). Voilà comment Flaubert emprunte à ses personnages les plus importantes transformations de son époque. L’incarnation de cette faim monétaire est d’un côté le marchand Lheureux, qui dépouille à pas lents ses clients et spécule leur faillite, et d’autre côté Emma Bovary, qui vent les propriétés de son mari pour satisfaire ses besoins de luxe et d’amour adultère. Ce qui unit les deux époques discutées peut être résumé à ce qui unit les deux syntagmes synthétiques : la plus importante liaison entre « le mal du salon » et « le mal bourgeois » est réalisée par l’ennui, qui révèle aux personnages la conscience d’une insuffisance générale. Pour conclure, la faiblesse de la personnalité d’Emma est illustrée à travers ses besoins d’argent et de passion amoureuse menées à l’extrême, mais aussi par sa quête d’un amour absolu qui la fait perdre le sens de la réalité. Toujours un amour absolu, cette fois-ci pour quelque chose de concret conduira peu à peu la Présidente de Tourvel à la mort. Les deux personnages échouent en raison d’un excès qui punit cruellement. 2. L’excès de vanité – une faiblesse inconsciente Dans le roman Les liaisons dangereuses , la Marquise de Merteuil semble être le personnage féminin qui bénéficie d’un maximum d’empire sur soi-
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