AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 181 lumière » (OC, 743), grande ouverte, elle attend sa victime, la pauvre condamnée, car après tout il s’agit d’un « lieu d’asile », considérée aussi « par ailleurs symbole maternel » (Charles Bogouin, 169). Pourtant, Otto Rank, voit plutôt dans la cathédrale «le symbole de la Mère revêchée (Mère terrible) qui a réussit à emprisonner l’enfant dans les mailles de son réseau » (apud Charles Bodouin, 169). Toutefois l’anankè n’est pas seulement un symbole, la destinée exerce ses pouvoirs sur les personnages du roman et à la fin elle les détruit. Les pouvoirs de la fatalité sont signalés en plusieurs occasion spécialement par Claude Frollo lorsqu’il se confesse à Esmeralda dans le chapitre Lasciati ogni speranza : « là où je me croyais tout puissant, la fatalité était plus puissante que moi » (OC, 730). De plus, vers la fin du roman, l’archidiacre se confond provisoirement avec l’anankè, lorsqu’il mène la bohémienne dans la Place de Grève où elle sera pendue. Celle-ci « éprouve, physiquement, par la pression d’une main ‘froide et forte’ l’étreinte de la fatalité » (Henri Scepi, 75). Alors, si Pierre Gringoire est le fil qui nous mène aux protagonistes, tout en nous révélant les relations qui existent entre eux, on pourrait dire que l’archidiacre est la cause de leur mort et de leur destruction. Claude Frollo adopte Quasimodo à l’intention de son frère Jehan pour racheter les futurs pêchés de celui-ci, mais par l’ironie du destin le bossu finit par tuer le frère- fils de l’archidiacre, qui prend d’ailleurs toute la faute. En outre, l’archidiacre « adopte celui qui deviendra, par la voie du destin, son ennemi: non seulement son rival, rôle proscrit par le code superficiel d’une intrigue amoureuse, mais aussi et surtout son antagoniste radical et irréconciliable. » (Henri Scepi, 119). D’un autre part, c’est toujours à cause de Claude que la mère et la fille finalement réunies, sont séparées à jamais par la mort. Et comme ces crimes ne pouvaient pas rester impunis, Frollo reçoit son châtiment et c’est Quasimodo, son fils adoptif, qui s’en charge. Notre-Dame de Paris en tant que roman de l’ananké dépeint la ruine des familles, celle de l’archidiacre et celle de la recluse, et en plus, ce roman est aussi «une histoire d’amour et de mort dirigée par la Fatalité et facilitée par les manœuvres perverses du démon », car il raconte « la faillite d’un triple amour impossible – de Frollo pour Esmeralda, d’Esmeralda pour Phoebus, de Quasimodo pour Esmeralda», et «parallèlement à ces passions de la chair et du cœur, le drame de l’amour filial » (Henri Scepi, 119).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=