AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 24 de son ouvrage et la petitesse d’esprit de Napoléon vis-à-vis des écritures staëliennes. Quelquefois il lui arrive d’être la victime d’un paradoxe identitaire qui tue toute forme de la logique: prise pour Française en Europe, prise pour étrangère en France. « Je priais Joseph (Bonaparte) de savoir si je pouvais aller en Prusse, car il me fallait au moins la certitude que l’ambassadeur de France ne me réclamerait pas au dehors comme Française, tandis qu’on me proscrivait au-dedans comme étrangère. » (DA 260) Genevoise d’origine, née à Paris, Suédoise par mariage, elle se considère comme Française par droit de naissance et plus Française que le « Corse africain » qui ne connaît rien, selon elle, du peuple français, ni de leurs habitudes culturelles et sociales. Femme, elle ne peut remplir une fonction politique, mais seulement agir par ses livres et dans son salon avec des habitués parisiens et étrangers, hommes politiques ou écrivains. Bonaparte ne la sous-estime point, puisqu’il lui interdit le séjour à Paris dès 1803. Mais cette Parisienne en exil a voyagé et vu une bonne partie de l’Europe. Cet exil, en définitive, plus profitable pour elle que pour Napoléon, en lui faisant découvrir des pays qu’elle ne connaissait pas, des théories philosophiques et des littératures nouvelles, avait stimulé son esprit en lui ouvrant d’immenses richesses qu’elle allait contribuer à répandre en France. 5. Conclusion Même inachevés, les Dix années d’exil témoignent de l’exil implacable que Bonaparte impose à Mme de Staël à partir de septembre 1803. Interrompu par la rédaction des Considérations sur la Révolution française , les manuscrits conservés dans les archives du château de Coppet sont publiés pour la première fois en 1821 lorsque Auguste de Staël, le fils de Germaine, fait paraître les Œuvres Complètes de sa mère en XVII volumes (les Dix années occupent le tome XV). Même si les manuscrits ne portaient pas de titre, Mme de Staël mentionne maintes fois au cours de ce livre et dans sa correspondance avec ses amis de par le monde cet intervalle de temps qui est à tel point réitéré qu’il soit devenu un refrain. Et l’expression d’une angoisse. Juste quelques exemples, • dans une lettre du 13 octobre 1812 à Etienne Dumont elle dit : « [ … ] depuis dix ans que je souffre de la tyrannie. »

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=