AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 118 doubles, traduisent, évidemment, son dilemme identitaire et l’attente d’une solution. L’inachèvement et l’élan sont finalement à chercher du côté de l’amour – le grand absent dans le roman-feuilleton de la vie de Laudes. Afin de pallier ce manque, Laudes rend créative son extase lexicale, mais c’est tout ce qu’elle peut faire : « Ils désignaient un processus en train de s’accomplir, très intimement, secrètement… et j’avais forgé un mot sur ce modèle : « amourescence ». Dans l’espoir que par la magie de ce vocable neuf un peu d’amour naîtrait dans le cœur évanoui de ma mère, et dans le mien, tout encroûté de larmes et de colère. » ( CMA , 70) Ces mots transitionnels pourraient bien, paradoxalement, servir de conclusion à notre analyse : Chanson des mal-aimants demeure, comme la plupart des livres de Sylvie Germain, un roman ouvert dont le fil narratif évolue en boucle vers le point de départ inconsistant. Le roman avant tout d’une mue identitaire allant de la prise de conscience de soi et de son état d’abandon à l’acceptation de l’incomplétude existentielle. Le roman ensuite d’une féminiscence interrompue et sujette au même ballottement que l’identité : ni l’amour ni la maternité n’arrivent à terme, tandis que la sexualité est dépourvue de vertus amnésiques propres à faire oublier les inaccomplissements. Bien que de manière indirecte, Chanson des mal- aimants est, de ce point de vue, une approche bien réussie de la féminité en littérature. Quant à l’écriture, elle semble se situer au-delà de la problématique des genres ; en dehors de son caractère « intuitif » qui, à notre avis, ne justifie pas d’emblée sa « féminité », elle est, selon Sylvie Germain, un mélange de perspective et d’intentionnalité : « […] écrire c'est à la fois donner libre cours a l'inconscient, à l'imagination, à l'imprévu, et aussi tendre son attention, observer les autres, travailler sur le vraisemblable. De toute façon le rêve et la réalité s’interpénètrent constamment. » (Magill ; Germain 1999, 338) Textes de référence G ERMAIN , Sylvie. Chanson des mal-aimants . Paris : Gallimard folio , 2002. G ERMAIN , Sylvie. Jours de colère . Paris : Gallimard folio , 1989. G ERMAIN , Sylvie. L’Enfant Méduse . Paris : Gallimard folio , 1991. G ERMAIN , Sylvie. Le Livre des Nuits . Paris : Gallimard folio , 1985. G ERMAIN , Sylvie. Magnus . Paris : Gallimard folio , 2005. luminescence serait alors ce processus ayant le pouvoir de métamorphoser le corps en le rendant plus contrastant, donc plus visible aux yeux des autres. C’est là un désir comme d’indiscrétion visuelle, d’affirmation de la normalité – à étendre, bien sûr, à l’aspect généalogique aussi. 18 Ici rattachée à la « rubescence », la déhiscence traduit cette ouverture de l’être enfermé dans sa haine, son incertitude et son désir de vengeance. Le sens du mot renvoie aussi au rattachement généalogique auquel fait référence l’arborescence.
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