AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 234 enchaînées, nécessitant un jugement de valeur, une sélection et une hiérarchisation. La liste qui en résulte ne peut jamais être considérée comme achevée car les goûts littéraires changent toujours de même que les valeurs esthétiques et morales. L’auteur rappelle aussi que l’esthétique française préfère le terme de « norme » à celui de « canon » même si ce dernier est entré dans certains dictionnaires avec le sens de « norme, règle ». Par conséquent, le présent ouvrage fait partie d’un groupe restreint de recherches de la littérature française de spécialité qui s’intéressent à ce sujet. Le sous-chapitre s’achève sur une brève présentation des étapes du débat sur les canons : le débat anglais des années 60-70 qui a donné naissance à une nouvelle discipline – Cultural Materialisme ; le débat américain des années 80-90 qui a mené aux Cultural Studies ; le débat allemand des années 60 qui considérait « la culture en terme de l’industrie et de la consommation » (23) ; le débat français (dans les années 70) qui s’est intéressé à la paralittérature, à la presse, à la publicité et au féminisme, mais qui a pourtant influencé « les études littéraires et le domaine de l’axiologie » (24). Il faut remarquer que les préoccupations dans le domaine des canons ont existé en France dès 1870 quand, aux éditions Hachette, paraît la série « Les grands écrivains français » qui se propose de guider le lecteur vers les œuvres majeures de la littérature française. Après s’être arrêté sur l’étymologie du terme et sur ses significations en français, l’auteur présente les différentes définitions du canon dans la littérature de spécialité : « un domaine littéraire limité » (Fowler) ; « une sélection de textes représentatifs (…) en usage dans l’enseignement et servant de cadre de références aux critiques littéraires » (Douwe Fokema) ; « un répertoire des inventions / nouveautés dans tous les genres » qui deviennent « des modèles à suivre » (Altieri) ; « un échantillon de vitalité, une norme qui tâche d’esquisser l’infini » (Bloom) ; « une sélection faite en fonction de la valeur des œuvres littéraires » (Robert Escarpit) ; « la liste autorisée des grandes œuvres éternelles de la culture occidentale ou la collection des textes destinés à l’enseignement » (Antoine Compagnon) ; « un corpus hiérarchisé, très hétérogène » qui regroupe des écrivains connus de même que des écrivains à peine entrés sur la scène littéraire (Paul Cornea). Ramona Mali ţ a propose elle aussi une définition : le canon est « une liste d’auteurs qui ont la force créatrice d’influencer toute une littérature à venir » (32). Dans le sous-chapitre intitulé « Structures canoniques : du canon religieux à la synthèse trans-littéraire », l’auteur s’intéresse à l’évolution de la notion du canon, de son acception religieuse - « corpus hiérarchisé des livres extraits de la Sainte Écriture que le christianisme prend pour dogme » (33) -, à son acception laïque. Il observe que, si le canon religieux est immobile, celui laïc est toujours en changement à cause des goûts et des convenances

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