AGAPES FRANCOPHONES 2010

Traduire Ionesco Andreea GHEORGHIU Université de l’Ouest de Timi ş oara Roumanie Résumé . Dans cet article, en confrontant plusieurs versions roumaines de la pièce La Cantatrice chauve nous avons essayé de montrer que la traduction du théâtre de Ionesco débouche sur des questionnements comparables à ceux de la création elle-même : quelles conséquences sur la démarche du traducteur va avoir l’appartenance culturelle paradoxale d’un auteur qui s’est déclaré « doublement bilingue » ? quelles solutions traductives peuvent être à la mesure d’une prodigieuse expérimentation scripturale ? Abstract . In this paper, by comparing several Romanian versions of the play The Bald Soprano we have tried to show that the translation of Ionesco’s theater leads to questions similar to those posed upon its creation: how is the translator’s approach going to be influenced by the paradoxical cultural affiliation of an author who declared himself “doubly bilingual”? which of the translator’s solutions could measure up to a prodigious linguistic experimentation? Mots-clés : retraduction, traduction théâtrale, note du traducteur Keywords : re-translation, translation of theatre, translator’s note Le théâtre de Ionesco a été traduit en roumain 1 dans les années 1970 et en deux versions intégrales après 1990, ce qui témoigne non seulement de l’intérêt pour cet auteur majeur du XX e siècle, mais aussi de la quasi- impossibilité de l’«annexer» définitivement à l’espace littéraire roumain. En notre Roumanie de 2010, l’appartenance culturelle de Ionesco est un sujet de débat plus actuel que l’on ne pourrait croire. À ses risques et périls, chaque traducteur s’évertue à (re)situer l’auteur dans des contextes sensiblement différents 2 : si dans les premières traductions 1 Traduction collective en deux volumes (Editura pentru Literatur ă Universal ă , 1968 ; Editura Minerva, 1970); traduction intégrale en cinq volumes, par Dan C.Mih ă ilescu (Editura Humanitas, 1995-1998) ; traduction intégrale par Vlad Russo et Vlad Zografi, onze volumes (Editura Humanitas, 2004-2010). 2 Voir la note de Dan C.Mih ă ilescu : « Si pour les survivants de la génération de l’entre-deux- guerres Eugène Ionesco demeurait l’insurgent auteur du volume Nu [Non], l’“enfant terrible” d’une époque de totale liberté artistique ; si pour ceux qui s’étaient formés à l’époque du IX e Congrès du Parti Communiste Roumain son nom est en partie synonyme du “dégel” de la création théâtrale et du premier grand “retour” de l’Exile, pour les nouvelles

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