AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 46 l’image « l’océan indifférent de l’espace et du temps ». ( Je ne participe pas à ma réalité , Longchamps 2005). Eidolon (image), précise-t-on, quand on parle de la pensée poétique et non pas eidos (idée). L’image contient l’idée et l’inclusion de l’idée dans l’image par la métaphore fait que l’idée de l’objet reste indéfinie. (Todoran 1981, 172, 328) Indéfini, vague et paradoxal est aussi le sens de l’idée obsédante de la vie à travers les contextes prélevés au début de notre étude. Comme il arrive habituellement dans les temps de renouveau, le poète originaire de la Béauce québécoise ré-investit la matière verbale des domaines spécialisés sans se soucier de ce que les emplois soient propres ou figurés, sans préoccupation évidente pour les métaphores, sans catachrèses intentionnellement inventées. Il exprime particulièrement un rythme intérieur, un mouvement organique qu’il voudrait cosmique, qu’il voudrait surtout apaisé ou transféré sur la « vélocité » des mots. Ce à quoi il ne parvient qu’en jouant sur le sens. Il fait alterner l’énoncé aphoristique et la vision, l’idée et l’envol lyrique. A titre d’exemple, la présentification du passé et de l’avenir est : Primo , exprimée explicitement : « le temps (…) c’est le présent. » ( Je ne peux lire le temps ) Secundo , suggérée grâce à des verbes dont le sens est univoque et technique et dont l’emploi est non-approprié, non-pertinent : « Le siècle nivelle le jour. » ( Le temps. L’Éternité ) ; « L’instant divise le temps. » ( Dans le temps ) Tertio , traduite en images et rythmes dans les contextes lourds de poématèmes : « J’ai vu un lépidoptère voler sous le soleil du Dévonien (…). Je sais où je serai dans l’éternité. » ( Première Confession ) ; « je suis ainsi fractionné / A chaque battement / je prête à tes mots / le poids de l’éternité ; l’éternité / dont la durée relative / donne la mesure du chaos / au repos. » ( Dans le temps ) Conclusions Notre approche, partielle, est orientée par la nature du vocabulaire et les particularités de l’énoncé. Elle nous permet de dégager, à chaque pas, dans le mélange indiscernable des plans discursifs, le témoignage de la profession de foi poétique ; vivre « dans la marée émouvante des mots véloces » et « dans la réalité du rêve. » Message souvent repris, réponse troublante à l’indifférence du temps et de l’espace. Cette affirmation aurait pu s’imposer dès les premières pages de notre étude, s’il n’y avait pas la
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