AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 123 complémentarité comme des traits singuliers de personnages problématiques. Par ailleurs, à la grande joie du lecteur algérien, il retrouve l’un de ses tics langagiers, qui surgit dans tous les moments, qui ne sont pas rares, de dépit ou de déprime, chkoupi 8 , transformé en un mot d’ordre pour un manifeste du chkoupisme , qui tourne en dérision tout fondamentalisme. Écoutons le narrateur se plaindre : « quand je lis Kateb, je n’ai plus envie d’écrire. Divin Yacine ! Kateb nous a complexé à jamais avec sa Nedjma » ( L’archéologie du Chaos 67), mais tout attristé, le narrateur Yacine Nabolci avoue : « pauvre de moi ! je passe mon temps à citer les autres. Quand serai-je momifié dans une citation à mon tour. » (67) Le narrateur est envoûté par les textes, par toutes les formes d’écrits . Le roman de Benfodil se nourrit d’une foisonnante intertextualité qui est, selon les aveux de cet auteur, une archéologie des textes : « chercher dans le sens primitif des mots, le sens primitif du monde. » (89) Cette fouille minutieuse de Yacine découvre, couche par couche, les traces indélébiles des écritures de tout temps : Ibn Arabi, Lautréamont, Boudjedra, René Char, l’incontournable Kateb Yacine, sans oublier les livres sacrés. Le travail littéraire renforce l’écriture de témoignage, dans les romans de Begag, Guène et Djaidani, reflétant la réalité par le détour stylistique et les formes de l’expression esthétique. Le témoignage sort, sous la plume de Benfodil, du domaine journalistique, évite le piège des imitations plates et faussement fidèles. Le lecteur est comblé à la lecture de ces œuvres, savourant les délices du verbe poétique, du ton moqueur des narrateurs, des images révélatrices, agrémentées d’allusions souvent caustiques, mettant en valeur une référentialité qui n’exclut pas la fiction. Les narrateurs Doria, Béni, Yaz ou Marwan et son double Yacine, ne sont pas de simples médiateurs qui relatent des histoires mais plutôt de créateurs qui proposent de nouveaux modèles textuels. Nous décelons les techniques variées d’une dynamique textuelle qui anime et alimente la construction discursive, prouvant le rapport étroit entre l’écriture et la lecture. Textes de références B EGAG , Azouz, Béni ou le Paradis privé , Paris : Seuil, 1989. B EGAG , Azouz, Dis Oualla ! , Paris : Librairie Fayard, 1997. B EGAG , Azouz, Gone du Chaâba , Paris : Seuil, 1986. B EGAG , Azouz, Les Chiens aussi , Paris : Seuil, 1995. B ENFODIL , Mustapha, L’archéologie du Chaos (amoureux), Alger : Barzakh, 2007. 8 Chkoupi signifie approximativement, dans le dialecte algérien, n’importe quoi.

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