AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 122 la culture médiatique internationale en vogue dans les sociétés maghrébines et arabes, le narrateur tourne en dérision ce monde du factice, du simulacre : Moh Spertchikha : on a même entendu dire que MBC t’a contacté. Tu vas jouer Si Mohand en dialecte égyptien ? Tu vas être payé en dollar algérien. Kateb Nassim : plutôt avec de rutilantes pièces d’or saoudiennes sonnantes et trébuchantes. Omar Rimbaud : Ladies and Gentlemen : Mister V’Laid Nabokov on air from MBiCyyyyyyy-London, tu vois un peu la réclame ? V’Laid Nabokov : Ta gueule, espèce d’MBCile ! ( L’archéologie du Chaos , 62) Le monde arabe est fortement influencé par une culture médiatique fondée sur le simulacre artistique, par des fictions feuilletonesques, des émissions de variété à l’américaine, où se mélangent artifice, argent, luxe selon la conception égyptienne. La satire fustige des idées reçues algériennes sur la vie aisée, de la promotion sociale et du gain facile, idées héritées du cinéma et de la télévision arabe dominante, grâce à la diffusion satellitaire des programmes. Le passage offre aussi un jeu onomastique révélateur de l’esprit subversif du narrateur, par le biais de la sur-nomination des personnages qui forment la bande des copains : V’Laid Nabokov associe le prénom à consonance algérienne Laid au nom de l’écrivain américain d’origine russe Nabokov, Nassim est lié au patronyme de l’écrivain algérien Kateb . Ces surnoms dévoilent le procédé du narrateur qui dénonce la perte des symboles culturels communautaires (Mohand, Kateb Yacine) et des références prestigieuses qui incarnent un idéal littéraire hautement vénéré par tout écrivain féru des lettres universelles (Rimbaud, Nabokov) au profit d’un mercantilisme médiatique prosaïque. La société n’a pas seulement perdu ses derviches, elle a renié aussi les autres symboles de son imaginaire et de sa culture d’origine, typiquement maghrébine. En effet, la parole de Mohand, qui est une référence au grand poète berbère populaire, est substituée par la réclame au ton oriental. Le narrateur est un jeune homme rejeté par son père qui s’est remarié, après la mort de sa mère. Il occupe une chambre isolée dans la cité, étant la risée de ses camarades intrigués par sa tenue vestimentaire bizarre et ses commentaires extravagants. Dans L’archéologie du Chaos , Marwan, le personnage-écrivain, et Yacine Nabolci, incarnent la figure du fou, en tant que figure paradoxale de l’intelligence et de la démence. Ils occupent une position décentrée au sein de leur propre société, ce qui leur permet de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Grâce à leur observation distanciée et à leur position périphérique, ils passent au crible la totalité de la société. Démence, intelligence et cynisme fonctionnement en

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=