AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 121 Avec un peu de chance et beaucoup de bureaucratie, je réussis à obtenir une chambre en régime interne dans une cité universitaire - un véritable repaire de la désolation -, après avoir trafiqué un certificat de résidence. […] mon père pouvait aller au diable et avec lui sa smala d’imbéciles heureux qui se complaisaient dans leur sottise. ( L’archéologie du Chaos , 25) Il ne s’agit pas seulement d’attester la véracité du fait raconté qui n’est qu’un prétexte pour créer une œuvre littéraire, mais de s’abandonner, l’espace de l’écriture-lecture, à un traitement désinvolte et audacieux d’un état de misère sociale (désolation, trafic) connue par tous les étudiants algériens. Les conditions de vie difficiles sont un fait de la réalité dans les cités universitaires. Le lecteur est en mesure de repérer le fait réel subissant l’exagération du narrateur qui se complait dès les premières pages à afficher son dégoût pour tout. Il veut adopter la posture d’un derviche prêchant une moralité qui prend à rebours les conventions sociales : [Les Derviches] avaient une drôle de façon de communiquer avec Dieu et de communiquer avec l’Univers. […] il y en eut de toutes sortes : les “derviches errants [...] Les derviches hurleurs” […]. Les Derviches Péteurs [...] leur crédo est : “Rêve ou C-rêve !” [...] C’est une bande de déconneurs professionnels [...] une zaouïa de zouaves, de pitres, de trublions et de joyeux lurons. Leur programme d’action se résume à dire “merde !” à qui de droit. […] à bousculer quelques conventions et quelques certitudes, à bousiller la syntaxe politique du monde, […] à lancer un grand “TOZ !” à l’Ordre moral et ses apôtres, le tout savamment emballé dans leurs œuvres fantaisistes. ( L’archéologie du Chaos , 133) Le portrait caricatural du derviche – qui est considéré dans les sociétés maghrébines traditionnelles comme le porte parole de la sagesse et des valeurs religieuses vénérées dans les zaouïas –, révèle toute la dérision du narrateur. Si le derviche incarnait, autrefois, tout ce qui était sacré ou du moins respecté dans l’univers traditionnel, il est devenu un simple poète errant dont la parole n’a aucun impact sur les consciences de ces coreligionnaires. De nos jours, le derviche moderne doit tout remettre en cause pour réhabiliter son image et retrouver sa fonction sociale. La sagesse traditionnelle doit être remplacée par la parole violente, voire insultante qui permet de subvertir l’ordre établi. Le récit devient ainsi un processus de déconstruction qui emprunte l’arme du rire, pour contester le politiquement correct qui anesthésie les esprits et désarme les volontés de contestation. Cette technique de ravalement et de désordre est singulièrement visible dans la figure grotesque du personnage Yacine Nabolci, le narrateur du roman. Celui-ci endosse la persona du mécontent, porté par son courroux et son aigreur. Intransigeant, ennemi farouche des contraintes sociales et familiales, il entre en conflit avec son entourage. Conscient des dangers de

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