AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 120 réalité, aussi pathétique qu’elle soit. Les romans de Benfodil témoignent du quotidien de l’Algérien et ont pour effet de garder le lecteur alerte. Le témoignage se transforme en dérision qui altère la réalité représentée pour mieux révéler ses aspects les plus cachés. Dans L’archéologie du chaos (amoureux) (2007), le narrateur mélange fiction et critique sociale mordante. Il crée un univers irrationnel où se mêlent l’extravagance et la raison. Mathématicien de formation, Benfodil n’a pu résister à l’univers de l’imagination et du verbe poétique. Séduit par la littérature, il a préféré devenir romancier, dramaturge, poète et nouvelliste. Comme reporter, il s’est rendu deux fois en Irak 7 . Journaliste et écrivain, Benfodil est convaincu que la liberté de l’artiste, au sens éthique et esthétique, est incontestable. Ses écrits faisant fi au politiquement correct, reflètent une recherche effrénée d’émancipation, voire une révolte contre l’hypocrisie sociale. Le récit romanesque devient, sous la plume de cet écrivain, un champ de contestation des idées reçues et des évidences dans tous les domaines, politiques, culturels, religieux et littéraires. L’écriture consacre l’engagement de l’artiste qui prône une vision critique continuelle de sa société. Par ailleurs, la critique moqueuse accentue la charge du témoignage, tout en édulcorant son aspect pathétique. L’archéologie du Chaos se compose de trois récits, transgressant les règles canoniques de la narration littéraire classique. Dans le premier récit, le personnage-auteur, Marwan Kanafani, arrogant, laid et schizophrène, criant : « ce roman va me rendre fou » ( L’archéologie du Chaos 170 ), succombe à une « crise cardiaque littéraire » (224), suffoquant devant une virgule. Il met en scène un narrateur Yacine Nabolci qui cherche à miner le système social en désamorçant ses rouages par une révolution érotique. Le second récit exhibe les techniques d’écriture dans des commentaires métatextuels sur la fiction et le texte narratif. Le dernier récit se présente comme une enquête policière qui s’interroge sur le chaos littéraire et du langage. L’inspecteur Kamel enquête sur la mort du personnage-écrivain Marwan, en cherchant des indices qui sont, on ne s’en doute pas, des manuscrits et des mots, des traces scripturaires laissées par les personnages du roman. Cette œuvre se fait l’image du chaos textuel où se mêlent des graffitis, des dessins, voire une page noire, pour, comme on peut l’imaginer, exprimer « une pensée noire ». Prenons cet exemple : 7 Mustapha Benfodil a réuni ses notes et observations dans Les six derniers jours de Bagdad. Journal d'un voyage de guerre (2003) carnet de voyage en Irak lors de la deuxième guerre du Golfe.
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