AGAPES FRANCOPHONES 2011

John Perkins ou le récit réticent Dana Ş TIUBEA Université de l’Ouest de Timi ş oara Roumanie Résumé . Paru en 1960 aux éditions Gallimard, le récit John Perkins, de Henri Thomas, raconte l’histoire d’un jeune américain englué dans une vie conjugale sinueuse, s’appliquant à peindre sur le mur de son sous-sol « le vrai lieu » où la vie serait de nouveau possible. Ce livre est emblématique pour le mouvement narratif de l’œuvre thomasienne qui consiste à transposer la figure de la réticence au niveau du texte littéraire entier. Des procédés d’anticipation et de reprise s’y mélangent à travers une technique à part qui fait progresser la narration par des bonds et des retours successifs en arrière. L’écriture, la narration et le langage lui-même sont mis à l’épreuve et le mot avoue sa nature profondément ambivalente : entre être et non-être , entre inexistence et assurance ontologique. Abstract . Published in 1960 at the Gallimard publishing company the recit John Perkin by Henri Thomas reveals the life of a young American man who, suffocated by a sinuous marital life paints on a basement wall the “real place” where life would again be possible. The present book is representative for the narrative movement/evolution of the whole thomasian opera which consists of the rhetorical figure transposition of reluctance in the whole literary text. Prediction and repetition methods get mixed due to a special technique that makes the narration progress with jumps and successive returns in the past. The writing, the narration and the language itself are put into question and the word reveals its deeply ambivalent nature: between to be and not to be , between existence and the ontological certainty. Mots-clés : Henri Thomas, John Perkins, réticence, temps, polyvalence Keywords : Henri Thomas, John Perkins, reluctance, time, versatility Si je ferme les yeux, j’entends ces sonnettes américaines : « quelques notes très douces, musicales, tranquillisantes; elles ne réveillent pas les enfants » (Thomas 1960, 164). Si je serre les paupières très très fort, je vois ces perruches prises de paniques soudaines; un chien mouillé endormi sur le divan; des chats – qui sait leur nombre? – qui sortent de partout; et les plantes vertes qui poussent sournoisement dans les jardinières pendant la nuit. Saleté générale, fiente, poussière, des bouteilles de coke qui jonchent le sol sous le lit; une lampe allumée dans une chambre où personne ne couche plus, une guitare cassée sur un lit défait – l’univers que John Perkins met en scène garde cette trace d’inquiétude propre à la majorité des livres d’Henri Thomas.

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