AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 192 (Genette 1982, 442). À la base de toute transformation pragmatique se trouve soit une cause, soit un but : « On ne modifie guère l’action d’un hypotexte que parce qu ’on a transposé sa diégèse […] ou afin de transformer son message » (Genette 1982, 442). L’histoire, définie comme un enchaînement événementiel, connaît dans les deux textes soumis à l’analyse des modifications notables : de la chronique, truffée de personnages et d’événements de la famille Bena, on a extrait la séquence de l’amour coupable d’Alexandru et d’Anda. Cette extraction s’accompagne du dédoublement du récit et de l’interprétation de l’inceste par une autre cause que celle alléguée par l’hypotexte : il ne s’agit plus d’une malédiction qui pousse le père et la fille à avoir une relation amoureuse et sexuelle, mais d’un acte assumé à bon escient. Les outils dont se sert Irina Egli, en tant que « travailleur de l’ entre [deux langues, deux cultures, deux textes] » (Bourjea 1986, 232), sont complexes et opèrent un décentrement du texte premier pour créer une signifiance nouvelle, mais qui n’est pas sans affinité avec le matériau signifiant originaire dont elle découle par conversion linguistique et sémantique. Conclusion L’écrivain bilingue qui s’autotraduit « n’écrit jamais la même chose en changeant de langue, comme on ne traverse jamais, dit-on, le même fleuve. » (Oustinoff 2001, 236) Il jouit de la liberté d’intervenir dans son texte pour lui modifier non seulement la langue, mais aussi la structure. Or, cette attitude de l’écrivain bilingue qui « englobe […] celle du traducteur et la dépasse » (24) serait susceptible d’aboutir à une véritable recréation « où traduire et écrire s’influence réciproquement » (25). Alors, quels que soient les mobiles (par exemple, souci de remédier telle ou telle maladresse de l’hypotexte) et les contraintes éditoriales qui se trouvent à la base de cette transformation complexe que nous avons essayé de démonter, Irina Egli a su prendre appui sur une écriture contrapuntique et une imitation créatrice pour produire une œuvre totale qui englobe l’hypertexte et son hypotexte intimement liés l’un à l’autre. Textes de références E GLI , Irina, Terre salée , Montréal : Boréal, 2006. E GLI , Irina, Sânge amestecat , Constan ţ a : Ex Ponto, 1999. Bibliographie B ALLARD , Michel, Le Nom propre en traduction , Paris : Ophrys, 2001. B ARTHES , Roland, Le degré zéro de l’écriture, suivi de Éléments de sémiologie , Paris : Gonthier, 1965. B OURJEA , Michelle, « Traduire ou l’art de voyager », Méta , sept. 1986, vol. 31, n° 3, 231-232.

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