AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 21 l’écriture postmoderne en général, la fiction séquentielle en spécial joue la carte de l’ambiguïté voulue. L’œil du narrateur dont le temps et l’espace dessinent, paradoxalement, des rapports congrus à ceux de l’homme et de la femme, décrit la situation auctoriale. C’est-à-dire le narrateur voit tout ce qu’ils font, les deux, tandis que les deux ne le voient pas, puisque Duras nous laisse supposer que le narrateur est un observatoire situé temporellement et géographiquement dans la même structure chronotopique, mais il est imperceptible. C’est là l’ambiguïté de cet incipit, qui consiste dans une situation actoriale à trois (la présence des trois personnes dans le même temps et dans le même espace), mais le troisième, le narrateur, semble être invisible aux deux autres personnages. Il y va de la confusion qui réside dans ce paradoxe de la métafiction. C’est comme l’écrivain invite son lecteur dans les coulisses de son texte, durant la gestation de l’écriture, lui faisant montrer le spectacle intérieur et les méandres de la « fabrique des pensées ». C’est de l’écriture sur l’écriture, plongée dans sa « moelle substantifique ». Les trois (le narrateur et deux personnages) sont à la rencontre d’un chronotope pseudo-traditionnel qui ironise la construction réaliste inscrite dans l’horizon d’attente du public (un seul hic et un seul nunc ). Le chronotope dans ce roman durasien est un pseudo hic et nunc qui se donne pour but une fausse mise en place de l’effet du réel. Premièrement, plus il décortique la position auctoriale, moins il obtient la vraisemblance ; deuxièmement, plus il décrypte la situation actoriale, plus il se moque de l’illusion du réel ; finalement, plus il décrit l’espace à l’aide des moyens traditionnels, moins il est clair, donc il joue la carte de l’ambiguïté. 6. En bilan de ces considérations appliquées, nous retraçons quelques remarques finales pour ouvrir des pistes à examiner encore concernant le chronotope. Au-delà d’une définition exhaustive (que notre étude ne propose guère), nous avons donné ici des repères explicatifs aidant à mettre en congruité les sens offerts par les données étymologiques du terme (du gr. χρόνος , lat. chronos et du gr. τόπος , lat. topos, Bailly) 7 et les interprétations 7 χρόνος , ου ( ό ) : I. temps 1. durée du temps ; 2. durée déterminée de temps ; 3. époque déterminée, moment précis ; II. durée de la vie, âge ; III. partie d’une année ; IV. délai, retard ; V. temps d’un verbe ; VI. mesure de temps, quantité d’une voyelle, d’une syllabe. τόπος , ου ( ό ) : I. lieu, endroit (en particulier.), espace de terrain (en général), place, emplacement ; II. pays, territoire, localité ; III. endroit ou place d’un mal, partie malade ; IV. endroit d’un ouvrage ; V. distance, portée ; VI. 1. fondement d’un raisonnement, (au plur.) les principaux points de la démonstration ; 2. sujet ou matière d’un discours ; 3. parties essentielles de la rhétorique ; 4. lieu commun ; VII. lieu ou occasion de faire une chose. Nous avons souligné ce qui sert à l’intérêt de notre étude.

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