AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 20 jusqu’à prendre le texte, lui-même, pour un topos il n’y a qu’un pas. La confusion (fort productive du point de vue littéraire) qui en sort réside dans sa situation entre la fiction et la métafiction. C’est le risque assumé (d’ailleurs consciencieusement proposé) et le trait de l’écriture postmoderne. Il s’agit plutôt d’un pseudo-chronotope dont les ressorts schématiques sont redevables à la notion souche du chronotope : le hic et nunc . Nous nous proposons de focaliser notre démarche sur les types de temps et d’espace de l’incipit. Il s’agit dans ce fragment d’une dichotomie temporelle illustrée dans : le temps du narrateur (qui est le temps de l’homme et de la femme et du narrateur : un moi sans aucun trait référentiel) ; le temps narré (le temps de la femme se promenant sur la falaise). C’est un morceau narratif ébréché et ébauché dans quelques lignes, trouvant son expression linguistique dans le temps grammatical du plus que parfait. Donc, un passé bien terminé dans le passé. L’espace est retracé, à son tour, sous la forme d’une structure semblable au temps, donc une dichotomie spatiale situant : le narrateur dans un espace qui réunit à la fois le narrateur et les deux personnages sans généalogie, ni position sociale ; la femme seule sur la crête du fleuve, désignant l’espace de l’épisode narré. Comme représentation géométrique de cette dichotomie spatiale on pourrait user d’une pyramide dont les niveaux se rétrécissent vers le sommet qui serait l’œil du narrateur même, ouvrant la perspective. L’espace clos, trouvé dans l’immédiat du narrateur, est donné par le couloir, la chambre, la maison et le jardin. L’espace ouvert dessine l’embouchure du fleuve et de la mer, la plaine, la crête de la pente. L’espace infini devient indécis par l’étendue de la mer, par le soleil luisant et par le vent atlantique. Ces espaces retracent un chemin parcouru par la femme et, certes, par l’homme (même si le texte ne le dit pas encore, mais on le suppose). Cette quadrichotomie construisant le chronotope de l’incipit remplit la fonction de décrire, d’un côté, de décrypter et décoder, de l’autre côté, la perspective chronotopique. Plus ce décodage cherche du fil en aiguille, plus les renseignements fournis par l’incipit sont détaillés et, par voie de conséquence, le lecteur connaît la situation actoriale et auctoriale qui, à son tour, fraie les pistes d’interprétations possibles. Le plongeon sans préparatifs dans une scène où il y a deux acteurs dont l’un semble réveillé et l’autre fait semblant de dormir, et un narrateur qui voit tout et qui est désigné à l’aide du pronom je, ce plongeon donc institue pour le lecteur la contrainte et l’effort, évidemment incommodes, de se rendre compte où se situent vraiment les personnages. Il s’agit d’un pseudo-auteur dont l’objectivité est fausse. On observe facilement que Duras en particulier,
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