AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 253 Cela confère aussi à l’ouvrage et à son auteur une volonté de prendre appui sur d’autres auteurs, connus et reconnus de la culture bilingue franco- roumaine. Les références aux cultures primitives et aux mouvements spirituels qui en ont découlé, certaines répétitions ou reprises dans ses raisonnements dans le but d’expliciter son propos, illustrent la volonté de Mircea Eliade de mettre en lumière, par le biais de la langue, le fait que tout est un éternel recommencement, et une continuation, sous une autre forme, des mythes originels, sous l’influence de l’histoire et du temps, qui le modifient, insensiblement, ou le recréent par cycles, dans différents domaines de la culture et de la spiritualité. Les renvois aux auteurs anciens de référence, latins et grecs, mais aussi des différents pays et continents examinés par l’auteur, ainsi que le choix des termes en lien avec leur raisonnement ou philosophie contribuent également à plonger le lecteur dans un univers où les frontières spatiales et temporelles sont plus floues, où celles des pays en laissent apparaître d’autres, plus ou moins larges, régionales, mais toujours en contact avec les autres cultures. On peut dire que le lecteur suit Mircea Eliade dans son cheminement, et ce faisant, se pose de nouvelles questions qui repoussent ces limites et montrent d’une part le nécessaire maintien de la spécificité et de la capacité à se renouveler ou à se régénérer pour continuer ou recommencer. Le niveau de langue utilisé, ainsi que l’approche, fondée sur une immersion en Inde de trois ans, la démonstration spécifique à l’auteur et rigoureuse qui s’appuie sur bon nombre de théoriciens reconnus dans divers domaines et le nombre d’ouvrages produits par Mircea Eliade en font un auteur de référence en matière d’histoire des religions et de mythologies. L’attrait pour le monde oriental de bon nombre de lettrés et artistes occidentaux, durant les siècles passés et aujourd’hui encore, indique aussi qu’il existe un patrimoine important commun de part et d’autre, qu’il est nécessaire de remettre en valeur, afin de le connaître pleinement et de s’en enrichir mutuellement. Le fait que Mircea Eliade ait choisi de publier cet ouvrage en français, alors qu’il était installé aux États-Unis depuis plusieurs années, tout comme la traduction en français de certaines de ses œuvres, témoignent aussi de sa volonté de toucher le public francophone. Et ceci est à souligner dans un contexte général où la diversité culturelle et linguistique est de plus en plus restreinte au profit de l’anglais, qui est une langue très intéressante par ailleurs, mais qui ne peut à elle seule exprimer toutes les « richesses » des autres langues et peuples du monde.

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