AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 292 fasse que la mention de ceux qui jouent as esches et as tables soit nécessaire. – Quant au vers 1571 – « Rois Desramés en a prises ses armes » – on peut bien admettre qu’il est nécessaire que Desramés soit mentionné et qu’il est aussi nécessaire de dire qu’il s’arme. Nous sommes de l’avis que ce vers est celui qui fournit l’argument le plus solide en faveur des thèses de Bédier. Mais il ne nous semble pas que cet argument pèse très lourd. Même pour ce qui concerne ce vers nous avons proposé une correction que nous tenons pour une conjecture fort plausible. Reste qu’il faut sans doute ici aussi donner partiellement raison à Bédier et admettre que la fréquence des mots dont la voyelle accentuée est a à la fin du vers dans des laisses avec assonance en e ouvert 84 n’est pas un pur hasard 85 . Il est sans doute plus facile de confondre des voyelles proches que des voyelles éloignées. Mais ce fait n’est qu’un aspect de la psychologie des erreurs. Un autre aspect (auquel nous allons revenir en parlant d’autres assonances) est la tendance à mettre une formule fréquente là où la Vorlage avait autre chose. L’essentiel n’est d’ailleurs peut-être pas tant la tendance à remplacer ce qui est relativement rare par ce qui est plus fréquent que la tendance à remplacer une formule courante par une autre : chevaliers as armes , chevaliers as helmes – qui ne s’y méprendrait pas, quelquefois ? – L’idée que l’auteur d’une chanson de geste aurait écrit chevaliers onestes parce qu’il était incapable de trouver chevaliers mirables nous semble improbable ; l’idée d’un tel auteur écrivant ces putes gens averses parce qu’il était incapable de trouver ceste gent de put aire nous semble presque incroyable. Il est également très peu probable qu’il ait choisi la première expression à cause de quelque subtile nuance sémantique qui la distinguerait de la deuxième. Notre conclusion à propos de la possibilité de l’assonance entre a (oral et nasal) et e ouvert est donc la même que notre conclusion à propos de la possibilité de l’assonance entre a oral et a nasal : nous pensons que les passages dans la Chanson de Roland et dans d’autres chansons qui suggèrent l’acceptabilité de ces assonances sont dus à des fautes commises par des scribes négligents. Nous avons l’intention de revenir plus tard aux autres assonances problématiques traitées par Bédier. Notre prochain travail (le troisième dans cette petite série d’articles) traitera de l’assonance féminine a nasal/ e nasal. 84 - et inversement la fréquence des mots dont la voyelle accentuée est e ouvert à la fin du vers dans des laisses avec assonance en a . 85 Voir notre article de 2005, 36-38.
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