AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 291 ChR ; G[au]t[ier 80 ,] B[œhmer et] M[ü]l[ler] 81 corrigent au contraire ele (et dès lors devant ), mais contre C V7. El est aussi en 3724. (II, 318) On peut évidemment envisager de corriger « que el » en qu’ele au vers 3724 et « el lur est dedevant » en ele lur est devant au vers 2465, mais cela ne concerne pas le problème qui nous intéresse. L’essentiel est qu’il n’y a aucune raison de corriger est en estait et donc aucun argument qu’on puisse tirer du vers 2465 en faveur de la conjecture de Jenkins au vers 2264. Nous sommes d’accord pour penser que ce vers, tel que le présente le manuscrit d’Oxford, est en effet fautif. Mais les solutions proposées par Müller et Jenkins sont trop arbitraires pour être d’un grand intérêt 82 . La conclusion qu’on peut tirer de tout ceci, c’est qu’il n’y a guère que dans la Chevalerie Vivien qu’on trouve des arguments solides pour la thèse de Bédier. Et même cette solidité est toute relative. Bédier n’est pas très explicite sur ce point, mais il est clair que sa théorie suppose qu’il y avait des assonances rares , mais tout de même acceptables . Rappelons ce qu’il dit sur la première assonance problématique que nous avons examinée : « L’auteur de la Chanson de Roland a bien pu faire assoner a oral et a nasal, puisque d’autres auteurs de chansons de geste se sont permis cette licence. » (274) Or, quelle est la nature de cette « licence » ? Il ne peut pas s’agir d’une licence du même type que celle qui permet de varier entre que il et qu’il , entre or et ore : les phénomènes dont parle Bédier sont beaucoup trop rares. Sa théorie implicite doit être qu’il y avait des cas où l’auteur avait besoin de dire quelque chose qu’il ne pouvait pas dire sans avoir recours à l’assonance rare. Mais est-ce que cette explication est plausible pour ce qui concerne les trois vers de la Chevalerie Vivien qu’on a examinés ci-dessus ? Regardons ces vers encore une fois. Il faut bien admettre que le vers 625 – « Se tés vasal 83 avés mort par vos armes » – est nécessaire. Mais le syntagme par vos armes ne dit rien qu’il soit essentiel de communiquer. On peut même dire que l’information qu’il donne est quelque chose qui va de soi dans le contexte. Une formule comme en la presse aurait fait l’affaire tout aussi bien (voir ci-dessus). Le vers 969 se trouve dans un contexte où il s’agit de l’arrivée d’un groupe de chevaliers dans une ville. L’auteur énumère les activités par lesquelles les habitants sont occupés lors de cette arrivée : les jeunes filles dansent en rond, il y a mille personnes qui fabriquent des selles dorées, etc. Ici il n’y a rien qui fragments Lavergne, voir Segre I, 47-62. 80 Serge écrit « Gt 2 » pour indiquer qu’il se réfère à l’édition de 1872. 81 Serge écrit « Ml 3 » pour indiquer qu’il se réfère à l’édition de 1878. 82 Il est juste d’ajouter que Müller présente sa conjecture d’une manière fort modeste : « Dans le vers 2264, main nuit à l’assonance ; à l’origine le vers était peut-être à peu près ceci : E Durendal, qu’à l’autre ne la laist . » (438, notre traduction) 83 Le manuscrit répète ce mot.
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