AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 39 l’espace, puis, joint à d’autres livres, de rencontrer ces données diffuses vers une multitude d’autres points épars à travers les siècles et les continents en une infinité de combinaisons toutes différentes les unes des autres. (274) Il l’entraînera non seulement dans le choix de textes à lire mais aussi dans les approches de lecture et dans les normes d’appréciation, éléments qui polariseront tous sur ceux qui tiennent le haut du pavé littéraire. Ainsi, d’une instance à l’autre, de l’universitaire à l’éditeur et vice versa, de génération en génération, quiconque, dans le royaume des lettres, aura acquis ses lettres de noblesse, ira de bénédiction en bénédiction, de célébrité en consécration, de consécration en sacralisation. Ainsi ira le cours qui ramènera en honneurs l’écrivain, d’où qu’il arrive, du centre ou de la périphérie, au lieu qui l’a façonné et continue à travailler, à collaborer à son ascension. 4. En guise de conclusion Notre réflexion a essayé de montrer la part du relatif – et donc l’appel à la nuance – sous-tendue par les concepts de centre et de périphérie qui définissent les rapports entre les littératures d’expression française produites en dehors de la France et celle y produite tels que réglés par les institutions éditoriale et universitaire. Cependant, force reste de reconnaître que la relativité des faits n’empêche pas leurs contrecoups de frapper et de conditionner l’agir de quiconque reste acquis à la vision absolutiste des choses. Ainsi l’écrivain écrivant et évoluant dans la conscience de marginalisé et de périphérisé paiera le prix de l’état dans lequel il accepte de se voir et de se faire voir. La cure et le secret de la dé-marginalisation nous semblent à chercher dans la finalité que l’auteur fixe à son projet d’écrire. Un choix essentiel s’impose à tout auteur, qu’il se sente de la périphéri e ou de la sous-périphérie , de la marge ou en marge de la marge , du centre ou du sous-centre : écrire la langue ou juste écrire dans la langue, écrire le pays et/ou pour le pays ou écrire le monde et pour le monde. Libéré du carcan de la langue et du terroir, l’écrivain ne se pensera et ne se verra plus dans le miroir du centre ou de la périphérie. Il tâchera plutôt de se frayer la voie dans la littérature-monde, celle qui, au besoin – et pour autant qu’elle aura un bien de valeur à donner au monde, à l’universel –, s’écrira en japonais et s’éditera là où la donne mondialiste dont la complexité des lois déborde de loin la bulle délimitée par Paris et ses périphéries lui permettra d’accéder.

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