AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 38 Publish or perish ! Publie ou péris ! dit-on sans croire si bien dire. Belle tour de langage qui dit tout. Tout professeur-chercheur se déclinera suivant les paradigmes du champ de ses recherches, des résultats de ses recherches. La promotion l’exige, le mécénat – qui pour ne pas manquer le pas de la nouvelle règle du jeu se nommera financement – l’exige, l’allure l’exige, tout l’exige. Pour un tel professeur-chercheur engagé dans la logique de production pour ne pas périr, s’il œuvre dans le champ littéraire, il lui faudra marcher sur le pas de ceux dont « le nom […] s’est déjà transformé en fétiche » (Lafarge 1983, 45-46) car qui veut briller évite les lieux d’ombre, périphériques pour les amis de la bipolarité francophone centre-périphérie. Pour que la brillance déteigne parfaitement sur lui, il portera l’offrande de son labeur aux hauteurs dignes du grand nom, c’est-à-dire aux « lieux de pouvoir » 9 institutionnels également fétiches. Ce faisant, le professeur- chercheur, carriériste scrupuleux et dévoué, servira, courtisera, comme toute autre écrivain, les grands du monde bibliologique. De plus, par son travail critique, il concourra à l’établissement de l’indice statistique qui, à son tour, instituera davantage lesdits « lieux de pouvoir » comme le pense, en bibliopsychologue émérite, Robert Escarpit. Celui-ci détaille en ces termes les conséquences de la statistique littéraire : La statistique littéraire se prêtera, comme toute bonne statistique, à prédire l’accroissement ou le décroissement du nombre des ouvrages publiés et à établir ainsi le bilan de la vie intellectuelle condensée dans le livre. Alors le temps sera venu où les éditeurs, pour corroborer leurs propres expériences, déduiront des tableaux statistiques l’existence des courants auxquels obéit la demande aussi bien que la production des livres, toute spontanée qu’elle paraisse, courants qui déterminent fortement la vente et, partant, sont propres à influer sur les conditions du contrat d’édition. (Escarpit 1970, 283-84) Sur le même trajet, il entraînera, cela s’entend, l’étudiant, son disciple et son héritier potentiel dans la perpétuation des rapports de force noués entre l’écrivain, l’éditeur, le lecteur, tous réunis autour et par le support magique du livre. En parlant de magie, nous avons à l’esprit cette autre sonde d’Escarpit dans les profondeurs du livre : Le livre est l’instrument le plus simple qui, à partir d’un point donné, soit capable de libérer toute une foule de sons, d’images, de sentiments, d’idées, d’éléments d’information en leur ouvrant les portes du temps et de 9 C’est la qualification qu’emploie Alain Viala pour souligner la toute puissance des institutions littéraires : « Instances normatives par leur nature même, les institutions sont des lieux de pouvoir. Elles érigent en norme, modèles et valeurs certains usages au détriment d’autres. Et elles contraignent l’auteur qui en est tributaire […] comme elles servent celui qui s’en est rendu maître […]. » (Béhar et Fayolle 1990, 124)
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