AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 37 classement fait figure de canonisation. Jean Malignon n’a pas échappé non plus au prisme de la francisation et de la centralisation qu’elle implique. Dans son Dictionnaire des écrivains français (1971), figurent, entre autres grands noms des littératures de langue française, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor. L’auteur prend quand même le soin de mentionner leurs lieux d’origine. Dans le même sillage, Henri Lemaître publie, en 2003, son Dictionnaire de littérature française . Là aussi, prennent place, en plus des deux noms juste cités, René Maran, Birago Diop, Ahmadou Kourouma, etc. En sus de cette apparente décentralisation – qui ne revient à y regarder de près qu’à une centralisation de par ce procès assimilateur –, le dictionnaire de Lemaître omet de la liste des auteurs de renom comme Assia Djebar, Maryse Condé, pour ne citer que ces deux. Ainsi donc, qu’on dise « écrivain français » tout court ou « écrivain français d’origine x », nous qualifierions ce fait, dans un cas comme dans l’autre, d’inutile coup de ciseau dans le corps de ces frères siamois parrainés et bénis par l’institution éditoriale et ses différents complices de prix littéraires tel le Goncourt, le plus grand « ritualiste de la profession » 8 de la reconnaissance dans la république des lettres françaises qu’est cette identification à la fois appropriative et démarcative. Au-delà des barrières centralisatrices ou périphérisatrices, un même moule façonne le gardien de la pensée qui trouve dans la langue française la voie d’expression. Le reste obéit aux codes et impératifs de l’ordre mondial régnant. L’université ne fait pas que former les futurs génies de la pensée encrée. Dans son examen de « l’évolution récente de la place de l’écrivain dans la société québécoise », Jean Royer (2000, 10) se pose, entre autres, la question : « Comment considérer le fait de la prolifération du professeur- écrivain ? » ( ibid .) Qu’est-ce que le professeur en effet dans la conjoncture universitaire moderne ? Ce qu’il n’est pas – ou n’est plus – est plus évident : ni la courroie de transmission du véhicule du savoir livré à l’apprenant, ni le rat de bibliothèque soucieux de déterrer le trésor enfoui sous ce tas de papiers afin d’enrichir son disciple, ni le guide auquel ce dernier doit s’accrocher pour trouver sa voie dans le labyrinthe de la connaissance. Ce n’est pas que le professeur ait bénéficié de quelque dégrèvement. Il devra répondre à toutes ces attentes, mais il sera aussi chercheur. Et à ce titre il se devra d’avoir un champ qu’il devra labourer – inflexible langue qui n’autorise pas « labeurer » ! – et récolter grand car sa survie en dépend. 8 Le mot est pris de la relation que Critique et théorie littéraire en France (1800-2000) établit entre l’auteur et l’institution littéraire : « L’écrivain lui-même est justiciable d’une approche objective, du moins quant à son métier d’écrivain : revenus, statut juridique, rapports à l’éditeur, aux rites de la profession (les prix littéraires, par exemple), en un mot, à l’institution littéraire. » (Cabanès et Larroux 2005, 318)

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