AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 36 On opinerait que des exceptions ne manquent pas, mais nous opposerions le rôle indirect de l’influence universitaire par le biais d’autres types de commerce, telle la lecture, avec les auteurs passés par l’académie. L’écrivain francophone formé par l’institution universitaire française et donc éduqué à ses valeurs et canons artistiques, quand bien même il se serait réinstallé dans le pays natal, est immanquablement le produit, le rejeton des institutions éditoriales en marge desquelles l’opinion critique le situe. Apprendre à « décliner la rose » 7 dès son jeune âge, grandir pour quitter sa terre natale, s’installer au Quartier latin, fréquenter La Sorbonne, retourner en Martinique, au Sénégal ou ailleurs en francophonie et écrire pour se voir confier le manuscrit à Gallimard, est-ce vraiment, et objectivement, être dans la marge ? Ne s’agirait-il pas plutôt, tout au moins, d’une rentrée au bercail – encore qu’on puisse douter que le retour ait été bien réel. Si marginalité il y a, diffère-t-elle de celle du banlieusard qui rêve avec amertume du grand confort – autre qu’éditorial bien sûr – parisien ? Ainsi donc, viser Paris, pour bien des auteurs francophones, est moins question d’entrer en relation que de renouer, moins de mettre la clé sous la porte du chez-soi que de retrouver un parent qu’on n’a jamais vraiment quitté ou, à la rigueur même, dont on n’a pas été sevré. On écrit comme on a lu. On édite comme on a formé. N’est-ce pas d’ailleurs pour cela que pour ceux qui arrivent à atteindre le piédestal parisien la reconnaissance se fait sans encombre, à part bien sûr le petit « d’origine X » qu’on prendra le soin d’apposer aux noms de ces autres auteurs français ? Ainsi trouvera-t-on par exemple, dans le dictionnaire de Jean-Pierre de Beaumarchais et Daniel Couty intitulé Grandes œuvres de la littérature française – non plus « de langue française » comme pour leur autre dictionnaire, avec Alain Rey, Dictionnaire des littératures de langue française publié en 1984 –, Cahier d’un retour au pays natal . La fiche identificatoire de l’œuvre est plus curieuse encore : « Cahier d’un retour au pays natal . Poème d’Aimé Césaire (né en 1913), publié en extraits à Paris dans la revue « Volonté » en août 1939, et en volume, avec une Préface d’André Breton, à New York chez Brentano’s et à Paris chez Bordas en 1947. » (1997 : 155). Sur l’auteur, aucune information à part le rappel de sa qualification par André Breton de « grand poète noir ». La référence à la Martinique carrément gommée, au lecteur initié de combler le vide. Pour un lecteur novice, Aimé Césaire ne sera rien de plus qu’un grand écrivain de la littérature française conformément aux données titrologiques et aux informations fournies sur l’ouvrage en question. Le cas du dictionnaire de Beaumarchais et Couty ne serait pas intéressant s’il constituait une attestation isolée dans l’ensemble des ouvrages dont le 7 L’allusion est ici faite au poème de Senghor, « Le Message » (1964, 19-20).
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