AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 35 seulement les universités produisent écrivains et lecteurs, mais aussi elles achètent et prescrivent quoi lire – laquelle prescription vaut une canonisation d’après Pierre Bourdieu 4 –, comment le lire, et contribuent, par la pratique de la critique littéraire, à l’acte de reconnaissance et de légitimation des œuvres littéraires. Yves Bridel, dans son article « Diffusion et présence de la littérature romande », souligne à juste titre : « C’est par l’université et l’enseignement que passe une amélioration de la diffusion et [...] c’est par ce canal et par les efforts faits dans les institutions que s’impose peu à peu une littérature. » (cité par Gauvin et Klinkenberg 1991, 158) Des autres échos à la qualité de la littérature comme « ce qui s’enseigne », mots de Roland Barthes cité par Paré 5 , on citerait, du même livre de Paré : « Les professeurs sont souvent les seuls garants de l’institution littéraire. Cette activité de soutien prend de multiples formes, du simple enseignement collégial et universitaire des langues et littératures nationales à la mise sur pied de cercles de lecture et de colloques universitaires. » (1994, 93-94) Où se fait-il le devenir (de l’) écrivain ? Même si de l’avis de George Simenon 6 il en irait de l’écriture comme de la poésie, nous trouvons importante cette question qui exige que l’on suive l’écrivain depuis son berceau, qui est universitaire. Que nous l’envisagions comme lieu de naissance ou de culture, d’entretien, de la compétence d’écrire, l’institution universitaire se vanterait, non sans raison, d’avoir formé maints auteurs qui font figure de géants dans le panthéon littéraire. Cela est très vrai pour le champ de la francophonie – hors de France, malgré la complexité du problème de labellisation et de récupération ou de délaissement dont nous avons déjà parlé – qui nous occupe. D’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor à Atiq Rahimi et Tierno Monenembo – honneur aux récentes auréoles de Goncourt et de Renaudot exige ! – en passant par Assia Djebar, Mongo Beti, Maryse Condé, pour ne citer que ceux-là afin de donner ne fusse qu’une petite idée du fait, nous avons des universitaires haut- diplômés qui ont marqué leur territoire dans le champ francophone si la métaphore de la vénerie peut aider à mieux rendre compte de leur statut d’auteurs connus et reconnus. 4 Il écrit : « L’institution scolaire, qui prétend au monopole de la consécration des œuvres du passé et de la production et de la consécration (par le titre scolaire) des consommateurs conformes, n’accorde que post mortem, et après un long procès, ce signe infaillible de consécration que constitue la canonisation des œuvres comme classiques par l’inscription dans les programmes. » (Bourdieu 1992, 210) 5 « Je savais que Roland Barthes avait raison : “ La littérature ”, disait-il un jour, en conférence, “ c’est ce qui s’enseigne”. » (Paré 1994, 24) 6 Une des réflexions de l’étoile romanesque liégeoise (voir http://www.trussel.com/maig/giannoli.htm ) est : « On ne devient pas écrivain, on naît écrivain. »

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