AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 52 deux pôles binaires de l’être humain ne peuvent se faire de mal. Mais, comme le note Julia Kristeva dans Pouvoirs de l’horreur (1980, 12), l’abjection pertube une identité. Ce moment d’ambiguïté est ressenti quand la personne n’est ni objet, ni sujet. Sans identité propre, elle confronte une transgression de la loi, du système social. Carla Freccero dans son article cité plus haut, remarque la fantaisie d’inceste dans les nouvelles de Marguerite de Navarre et avance que ce serait une façon de conserver en partie la perte d’un sujet d’amour comme un objet de désir. Elle cite Lévi-Strauss et le rêve ou fantaisie qui : « veut saisir et […] fixer cet instant fugitif où il fut permis de croire qu’on pouvait ruser avec la loi d’échange, gagner sans perdre, jouir sans partager. » (Freccero 2004, 43) Anda la fille incesteuse qui par le parricide a regagné le moi sujet, n’est plus l’Antigone du drame œdipien, elle ne choisit pas la tombe mais enterre, enfouit dans le sable des dunes de Mangalia, le passé enfin révolu. Son geste est celui du fossoyeur des mythes d’Ovide, et des traditions d’autrefois. Sans deuil, elle regarde et voit enfin la marche à suivre dans le temps retrouvé et inconnu. Sa métamorphose, depuis la mer au sel bienfaisant et destructeur, devient celle d’une mère intérieure forte et contemporaine avec sa soif de liberté et de retour aux heures de la réalité présente. Elle n’accepte et n’essaie pas de trouver dans l’imaginaire une résolution au drame de l’existence – celui d’un espace clos où la transgression est interdite – et s’en va à l’aventure, loin des lieux mythiques fatidiques. Les traces sur le sable de ses pas seront comme les miettes du Petit Poucet, effacées par le vent, les oiseaux du rivage, l’érosion littorale, celles du non-retour d’une femme en puissance, la sienne propre. Ainsi dans Terre salée tout se paie, les fautes du passé, celles récurrentes de générations en générations. Mais la soif d’une réalité normale remet les horloges à l’heure du présent pleine de souffrances et d’inconnu. C’est le but atteint de ceux et celles qui savent, à l’instar d’un Socrate, boire (ou faire boire) le poison du suicide-parricide, non pas pour se délivrer ce qui les blesse, mais, par une nouvelle transcendance, pour se remettre en marche sur les squelettes des dieux olympiens pour le long parcours « du voyage éternel de la femme » (Conceatu 2009, 10), celui d’une Antigone en devenir, une survivante justicière et criminelle, une lumière qui ne cesse d’éclairer notre siècle. La question d’une Ismène non criminelle sachant la marche à suivre vers d’autres possibles est soulevée par Stephani Engelstein qui souligne la priorité d’agir de la vie moderne et la pluralité des consciences individuelles. Ceci permet d’apprendre et de changer les cycles répétitifs sans pour cela rejeter de forts sentiments. Ismène comprend cela et essaie d’en convaincre sa sœur Antigone. Peut-être n’est-il pas trop tard de

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