AGAPES FRANCOPHONES 2012

144 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 De par le combat qu’il symbolise, le sport est entré dans l’imaginaire des sociétés en devenant lui-même un mythe, c’est-à-dire une parole relatant un fait qui remonte « au temps fabuleux des commencements ». Par les victimes et les héros qu’il met en scène, en passant par l’onomastique des différentes équipes représentatives, le sport ouvre les pages d’un véritable palmarès mythique transformant l’humain, le culturel, en naturel. Ce que l’on retient du sport en général, outre son aptitude à médiatiser de nouvelles tensions en servant d’exutoire, c’est la possibilité qu’il offre, autant à l’athlète qu’au spectateur, de sortir de sa réalité en s’inventant un nouveau roman familial d’où il ressortira vainqueur. Mais il se peut toutefois qu’il en ressorte vaincu et que la défaite « entraîne une gamme de réactions potentielles allant de l’émeute à la déception cinglante » (Yonnet 1998, 110), réactions qui sont une conséquence directe de la cause de la défaite, selon qu’elle soit juste ou injuste. Le lecteur remarquera, dans ce discours sur le mythe, des traits de la constitution du mythe du Rocket. C’est en fait sur ces traits que s’établit l’écriture du livre de Carrier. Cependant, pour faire le lien entre le mythe et la mémoire, il est important de se rappeler la thèse de Marthe Robert qui, dans Roman des origines, origines du roman (Robert 1993), montre d’une façon éloquente que l’être humain aime se raconter des histoires. Selon elle, chacun a tendance à s’inventer une origine afin d’expliquer ce qui se passe dans sa vie. Des origines modestes seront expliquées par le fait d’avoir été trouvé, ou encore arraché, à un milieu plus favorable, milieu que nous finirons par réintégrer. Les contes fantastiques lus ou vus à la télévision par l’intermédiaire de Walt Disney lors de notre enfance nous ont tous fait rêver de mondes meilleurs où nous serions des héros. Peter Pan nous a permis de nous envoler vers des contrées merveilleuses où la vie est belle. Aujourd’hui, les jeux vidéo ont pris la relève pour faire vivre aux enfants, et aux plus vieux, de nouvelles aventures. Tout cela pour nous faire oublier la dureté du présent. Chacun invente ses propres romans pour oublier... et surtout mieux vivre. Les enfants ne sont pas les seuls à se raconter des histoires. Les peuples, les nations le font aussi. Régine Robin l’a aussi montré en insistant sur l’importance de ce que représente la notion de souvenir-écran. Il s’agirait d’une mémoire qui « fonctionne par signes étalés, une mémoire générationnelle, dont la formule emblématique serait – c’est ce que nous avons connu de meilleur » (Robin 1989, 56) et qui est désireuse de donner sens au passé. De la sorte, chacun formerait un écran pour meubler « le silence sur ce qui gêne ou ce qui fait mal, à l’échelon individuel comme à l’échelon collectif » (60). Nos histoires racontées entreraient donc en compte pour nous aider à réaménager notre passé dans le but de nous inventer un futur qui serait meilleur.

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