AGAPES FRANCOPHONES 2012

146 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Carrier. Ce qui s’annonçait une biographie devient également autobiographie. Carrier s’éloigne un peu du procédé emprunté en 1976 et repris en 1998 par Jean-Marie Pellerin avec Maurice Richard, l’idole d’un peuple . Pour Carrier, Maurice Richard est un héros d’enfance, celui qui permet d’avancer sans avoir peur, celui que l’on veut suivre. Avant de faire état de ses souvenirs du Rocket, Carrier prend soin de situer les événements de façon non-chronologique. Ainsi, il sera question de la vie des parents de Richard en Gaspésie, de la dépression des années 1920, de l’avènement au pouvoir de Maurice Duplessis, de l’histoire du hockey francophone de Montréal, des années de guerre et de la conscription. Il met de la sorte tout en œuvre pour démontrer le climat noir qui existait à l’époque et le besoin des gens de retrouver leur fierté par le biais d’un héros. Vient ensuite le début de la carrière de Richard, la raison pour laquelle, en 1943, ce dernier demande de porter le numéro 9 et l’origine de son surnom « le Rocket », tout cela, assez étrangement, mélangé d’histoires personnelles de l’auteur, telles sa première visite à un abattoir en 1944. Le lecteur a toutefois tendance à se méfier quelque peu de la mémoire de Carrier. Ainsi, à la page 67, il confie au lecteur en parlant des séries éliminatoires de 1943 : « Les partisans du Forum n’ont pas vu, depuis 13 ans, la coupe Stanley. La dernière fois, c’était en 1930, au temps de la Crise », pour dire, deux pages plus loin : « C’est la fête ! On n’a pas vu la coupe Stanley depuis 11 ans à Montréal. » ( R , 69) 3 13 ans, 11 ans, quelle importance, certains diront : il s’agit là d’un détail. Mais en fait, ce détail est plutôt important lorsque l’on considère la place que Roch Carrier attribue à la mémoire dans ce livre. La bio/auto-biographie semble d’ailleurs laisser le pas souvent à une large part de fiction, surtout lorsque l’auteur se permet d’entrer dans les pensées même de Richard, le traitant de la sorte comme un personnage de fiction. Carrier semble même s’amuser à tisser des liens personnels entre les différents moments de la carrière de Richard. Il prend tantôt la place d’un partisan qui était au Forum : La ligne Punch n’accepte pas l’accusation. Quand ils sont appelés sur la glace, les partisans voient des guerriers, non des fuyards. En quelques coups de patins, en quelques passes cinglantes, ils domptent la foule. Maintenant, il faut dompter les adversaires. Ils se meuvent avec une colère disciplinée [...]. Dans le Forum, il n’y a plus que le silence de la foule, le glissement sec des patins qui tailladent la glace et la musique de la rondelle qui claque sur la palette des bâtons ou cogne seulement sur la clôture de bois. La foule rêvait d’une victoire [...]. Les Canadiens sont repartis à la conquête de la coupe Stanley. ( R , 68) 3 À cet égard, Jean-Marie Pellerin confirme que la coupe Stanley avait bel et bien été absente de Montréal pendant une période de 13 ans. (Pellerin 1998, 26)

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