AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 147 Tantôt celle d’un commentateur sportif : Siebert traîne ses patins sur la glace ; il essaie de freiner l’adversaire. Le Rocket plante ses lames dans la glace comme s’ils étaient des grappins [...]. De sa main droite, il contrôle la rondelle au bout de son bâton, il fait des broderies qui confondent les adversaires accourus l’un après l’autre pour, tous ensemble, reconstruire leur mur imprenable ; avec sa main gauche, le Rocket cogne Siebert, essaie de se délester de ce fardeau bien arrimé qui refuse d’être largué. Malgré l’encombrant défenseur sur son dos, il parcourt les soixante pieds qui le séparent du filet. Il arrive ainsi chargé devant le gardien Harry Lumley. “Maurice Richard lance et compte”. ( R , 77) Ou encore celle d’un analyste historico-sociologique de l’époque : Depuis le début de la guerre, les Canadiens français ont été poussés dans ce conflit qui n’est pas leur affaire. Ils ont été trompés par le gouvernement fédéral qui leur promettait de ne pas jeter leurs fils dans les champs de bataille. Dans ce Canada découvert par leurs ancêtres, ils sont les serviteurs, les porteurs d’eau. La langue de leurs ancêtres, leur langue, est dédaignée. Conquérir la coupe Stanley est une fière revanche. ( R , 69) Voilà un dernier commentaire que l’on ne peut passer sous silence, celui du patriotisme. On pourrait parler de la reprise d’un discours élaboré non seulement par des biographes, mais aussi par des journalistes sportifs de l’époque (et même certains poètes et chanteurs). Et que dire des yeux de Richard ? Ce regard, l’auteur se souvient l’avoir imité pour se faire craindre des adversaires : « On avait beaucoup examiné ses photographies dans le journal. On lisait aussi ces bandes dessinées où Superman avaient [ sic. ] des yeux capables de percer les murs. Le Rocket voyait à travers ses adversaires [...] ces yeux ressemblent à deux balles en mouvement vers la cible » ( R , 88) ; ces yeux rejoignant d’ailleurs la métaphore du rocket, en allusion aux fusées V1 et V2 utilisées pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pour Carrier, le feu de ce regard était nourri de la mémoire de la Gaspésie, où ses parents vivaient avant leur immigration à Montréal [...], la mer difficile, la terre pierreuse [...] et le vent rude. Ses ancêtres inclinaient la tête quand le prêtre leur prêchait la soumission. Mais il leur restait une colère inassouvie, un sentiment d’avoir un destin injuste. ( R , 88) Mais si ce parti pris idéologique entre en scène pour retracer les différents événements entourant la carrière du Rocket, c’est en fonction de la propre vie de Carrier, voire même de sa propre enfance. Pour ce faire, nulle mention précise de journaux ou de quelque écrit que ce soit sur Richard ; l’auteur fait plutôt appel à sa propre mémoire, la carrière de Richard devenant, pour lui, un livre dont il fait la lecture au fil des anecdotes dont il se souvient. Souvent, ces anecdotes ont un lien direct avec la mémoire de l’enfant qu’il était.
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