AGAPES FRANCOPHONES 2012

148 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 L’hommage L’hommage de Carrier fait état du travail de la mémoire dans la description d’un héros d’enfance. Cette fonction de l’hommage n’a cependant rien de neuf car elle se retrouve dans le procédé narratif du premier auteur grec à s’être servi des jeux comme thème de son œuvre poétique, soit Pindare, qui vécut entre 522 et 443 avant J.-C. Nous sont parvenues nombre d’odes destinées à célébrer la victoire des plus grands athlètes de son époque, c’est-à-dire les vainqueurs des Jeux Olympiques, Pythiques, Néméens et Isthmiques. Son procédé reste le même d’une ode à l’autre. Il célèbre d’abord le vainqueur, c’est-à-dire la victoire que ce dernier vient de remporter. Si ce n’est pas la première victoire de l’athlète, il évoquera ses victoires antérieures. S’il s’agit d’un enfant, il fera aussi l’éloge du maître qui l’a formé. Toutefois, Pindare se plaît à rappeler que l’éducation n’est pas tout dans le succès du vainqueur, mais qu’il vient surtout de ses dons naturels qui sont en fait le privilège des bonnes races. Il fera ensuite rejaillir cette victoire sur la patrie du gagnant et, finalement, sur les dieux de qui dépendent le succès ou l’échec de l’athlète. Pour lui, les capacités de l’athlète ne sont pas seules à entrer en ligne de compte. Peu importe ses bonnes dispositions, c’est-à-dire ses qualités athlétiques et les privilèges de sa famille, ainsi que sa bonne volonté, l’athlète ne pourra jamais gagner une épreuve sans la bénédiction des dieux. Le participant n’était de la sorte pas seulement un athlète, il devait être un excellent combattant. Une victoire rejaillissait sur sa Cité tout entière puisqu’elle était évocatrice de puissance et de contrôle sur un adversaire défait et déchu et devenait l’équivalent d’une victoire militaire. Si les dieux avaient bien voulu veiller sur lui pour lui accorder la victoire, c’est parce qu’ils veillaient sur la Cité et qu’ils la favorisaient. Ces Jeux exprimaient l’idéal de la société grecque. Un idéal basé sur la vertu qui, comme le font remarquer Elias et Dunning, ne faisait pas référence [...], comme notre mot “vertu”, à une caractéristique morale, mais renvoyait aux caractères positifs d’un guerrier et d’un gentilhomme chez qui l’image corporelle ainsi que les qualités de combattant puissant et habile jouaient un rôle capital. (Elias et Dunning 1994, 193) L’athlète vainqueur était en théorie un guerrier courageux qui s’élevait de sa condition humaine afin de rejoindre celle des dieux. Dans la même veine, Alain Besançon montre que, déjà au VI e siècle avant J.-C., il « n’y a pas de frontière tracée et précise entre la représentation de l’athlète, du combattant et celle de Dieu. Le sourire est donné à tous. Tous sont doués de perfection ». (Besançon 1994, 127)

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