AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 149 Bien sûr, il aura cependant fallu que le phénomène du Rocket bénéficie de certains outils pour mousser, en quelque sorte, sa réputation. Dans un premier temps, la radio, par le biais de la voix de Michel Normandin, a grandement contribué à faire connaître ses exploits sur la glace. Par la suite, l’arrivée de la télévision, grâce aux retransmissions de parties de hockey par Radio-Canada, a permis à un grand nombre de téléspectateurs d’assister à ses prouesses dans le confort de leur foyer. Dans ce sens, Maurice Richard a contribué à changer le hockey avec l’aide de ce nouveau média. Il a vraiment été la première vedette de ce sport. D’ailleurs, Taras Grescoe, dans sa présentation de la société québécoise qu’il tente d’expliquer aux Canadiens anglais, fait remarquer que c’est en grande partie grâce à la télévision que les Québécois ont su développer une si forte identité. (Grescoe 2001, 123) Ayant participé aux premiers pas de la télévision de langue française, Maurice Richard fait partie de la culture populaire québécoise, voire de son folklore. Cependant, il aura été l’un des premiers à affirmer son identité avec autant de véhémence, tant sur la glace que hors celle-ci. Carrier montre bien qu’il n’acceptait pas de se faire traiter de « French Pea Soup », encore moins de « Frog ». Ses exploits mettent en lumière le fait que le peuple québécois souffrait jusque là d’un isolement par rapport au reste du continent. Les prouesses, les yeux, leur feu, une époque difficile pour la majorité des Québécois, voilà les éléments que l’on retrouve chez le Rocket de Carrier. Ces éléments mis en scène dans ce texte qui se réclame de la biographie font état d’un homme « normal » 4 qui a su s’élever parmi les meilleurs de sa profession dès qu’il a endossé le numéro 9 en début de carrière et active le mythe du héros. On remarque une structure du récit exprimant un désir d’héroïsme, d’arrachement à la banalité quotidienne, de supériorité, de réalisation de soi, d’élévation à une condition supérieure, bref : des éléments qui tiennent de l’épopée et qui donc, se prêtent bien à la poésie ou à la chanson, mais qui tiennent surtout du stéréotype. Cependant, ce stéréotype, dont le pouvoir de transformation éclipse le vrai au profit du vraisemblable (Durante 1994, 13) et qui active le mythe du héros, a acquis encore plus de force lors de l’émeute du 17 mars 1955 alors que l’idole que les amateurs de hockey reconnaissaient en Maurice Richard est devenue une victime de l’ establishment du hockey. Le geste puni, un coup de poing dirigé contre un adversaire mais qui a atteint l’arbitre (soit une figure autoritaire tout autant que paternelle), a été sanctionné par une autorité plus grande, qui siège au-dessus du jeu, soit Clarence Campbell, le Commissaire de la Ligue nationale de hockey. 4 Dans Les yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle (2006), Benoît Melançon montre de quelle façon les produits que Richard endossait et ce que les médias disaient de lui contribuèrent à le représenter « en bon fils, en bon mari, en bon père. Richard était un homme comme les autres. Un proche ». (189)

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