AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 273 vend des cadavres à composer de plusieurs pièces appartenant à plusieurs morts. Dans le monde qui peut offrir même des alternatives mortuaires, l’important est d’avoir un cadavre à enterrer, n’importe lequel et non pas celui de son propre mort, juste pour pouvoir commencer son deuil. L’adoption d’un cadavre se veut une chose tout à fait banale, comme s’il s’agissait d’une adoption tout à fait normale. Pourtant, cette pratique n’est pas encore agréée par la communauté villageoise traditionnelle : « Le nouveau voisin: Il y en a qui vont jusqu’en Chine pour adopter un enfant, ils dépensent une fortune. Mais un cadavre à 2000 dollars, ça leur paraît cher et même illégal. Aïe, la folie humaine ! » (Visniec, 2007, 55). Adopter un mort pour continuer à vivre, voilà ce que nous propose le nouveau monde. Si l’on adopte des formes de vie, pourquoi ne pas adopter aussi bien des cadavres ? Pourquoi ne pas adopter la mort ? Conclusions La mort est « un désordre ontologique qui se traduit par un désordre social (séparation, douleur et deuil) », écrivait Clavandier (2004, 10), tout en insistant sur l’idée de rupture sociale, qui provoque de la douleur aux survivants et entraîne la performance de rituels. Face à ce désordre d’ « expression », il existerait, continue-t-elle, un « désordre du dépassement venant de compenser la rupture de la mort », qui n’est qu’une « réaction collective pour faire contrepoids pernicieux de la mort » (Clavandier 2004, 10), en ajoutant que, symboliquement, on peut vaincre la mort, par la dérision, l’inversion et la détermination volontaire. Dans le théâtre de Visniec, la mort de l’autre est désacralisée, les rituels funéraires ne sont plus accomplis, ce qui contribue à la déstabilisation du sentiment identitaire de l’individu et du groupe même. Corps non-socialisé, corps vieux, morts en masse et corps absent, toutes ces images mortuaires anomiques sont pour Visniec des tentatives de rendre la mort acceptable à travers les symboles et une plaidoirie pour les rituels. Elles fonctionnent en même temps comme une prise de conscience de la vulnérabilité de son être et de la nécessité de normaliser la mort. Textes de références Visniec, Matéi, Les Dents , texte non-publié, disponible à la Bibliothéque Christiane Montécot de la Maison d’Europe et d’Orient, Paris. ---, Le Mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux , Carnières/Morlanwelz, Lansman Éditeur, 2007. ---, Petit boulot pour vieux clown suivi de L’histoire des ours pandas racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort , Arles, Éditions Actes Sud, 1998.
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