AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 291 existe dans toute action et dans toute narration. Par l’intermédiaire du témoin, l’interprétation de la narration quitte le niveau événementiel et le récit se tourne vers lui-même en devenant autoréférentiel : au centre de ces récits le fait divers est redoublé par l’attention portée sur la réticence qui fonde l’écriture. Pour Henri Thomas écrire c’est trahir l’événement parce que le texte ne peut jamais rendre entièrement une action. Toute parole est donc mensongère et au moment de sa profération elle doit être retirée. Par la suite, composer un roman n’est plus possible, ou du moins non pas dans le sens classique du terme : « Je suis dans l’état où les récits ne sont plus possibles. » (Thomas 1993,149) Il faut pourtant continuer à écrire « pour préserver le peu de bonheur anonyme qu’[il] pourr[a] atteindre pour [se] délimiter, afin de ne pas fuir de tous parts » (Thomas 1993, 150) et la seule manière de le faire s’est introduire un doute au coeur du récit. Ce doute, cette hésitation nous montre le langage dans sa faiblesse et donc dans sa vérité la plus profonde. 11 Ce qui reste après avoir éliminé les mots communs, les formules et les couches superficielles du langage, c’est de l’insolite, « de toutes petites marques de la vérité, le minimum de trace, presque rien. » (P 221-222). L’écrivain n’a pas d’autre liberté que « celle d’un intense scrupule au sein de l’inévitable » (JP, quatrième des couvertures) une hésitation qui sépare le « presque rien » de « rien » et qui lui permette, après avoir écrit son récit de prononcer : « Passe, tu es pur ». (NDL 104) Textes de références Thomas, Henri, La Nuit de Londres , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1956. ---, John Perkins , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1960. ---, Le Parjure , Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1956. Bibliographie Bougon Patrice, Dambre Marc (dir.), Henri Thomas : L’écriture du secret , Seyssel, Champ Vallon, 2007. Cahiers du Temps qu’il fait , Henri Thomas , n° 13 , 1998. Ceccaty, René de, « Henri Thomas en ombre chinoise », Le Monde , Paris, 18 novembre 1992. Derrida, Jacques, « Le Parjure peut-être », Études françaises , P. U. de Montréal, vol. 38, 1-2, p. 15-57, 2002. Genette, Gérard, Figures III , Paris, Seuil, 1972. La Nouvelle Revue Française , n° 501, « Henri Thomas (1912-1993) », octobre 1994. Obsidiane , n° 30, automne 1986. 11 « Mais quoi, il avait retrouvé quelque chose, loin des aveugles maîtres de son enfance et de son adolescence, et même loin de tout témoin – un langage, si ce n’est sa vérité » (NL, 157)

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