AGAPES FRANCOPHONES 2012

À travers le désert - Le nomadisme d’Edmond Jabès Anna BÁLINT Université Eötvös Loránd de Budapest Hongrie Résumé . Pour Edmond Jabès le désert n’est pas simplement la source du langage poétique mise en valeur par les segments de la religion juive, mais d’autant plus une terre complexe de transfert : d’où exactement jaillit la mémoire se trouve l’infini qui sépare la Terre natale (le Caire d’où il était expellé) de la Terre sainte, lieu vers lequel le poète s’avançait tout au long de sa vie. C’est dans l’exil qu’il est devenu un messager involontaire, un passeur des mots de ce monde perdu de la culture levantine. Cet article s’ambitionne à dévoiler cette vaste structure d’un double exode, un chemin poétique où chaque pas est à la fois un plongement dans le passé et un avancement vers une future découverte de l’Autre. Ce geste devient, d’après la théorie d’Emmanuel Levinas, l’essence de cette poésie – en effet de toutes les poésies écrites après la Shoah et comptant avec elle. Abstract . For Edmond Jabès, the desert is not simply the source of a poetic language diversified by segments of Judaism, but a multifarious transfer area: where memory originates one can find the infinity that separates the homeland (Cairo, from where he was expelled) from the Holy Land – the place the poet always seeks to reach. It is in the exile that he became an involuntary messenger, passing over words and reminiscences of the lost world of the Levantine culture. This article aims to reveal the immense structure of a double exodus, a poetic itinerary where every step is concurrently a plunging in the past and advancement towards a future exploration of the Other. Emmanuel Levinas claims that this gesture is the essence of Jabès’ poetry – or of all poetry conceived after the Holocaust, his poetry included. Mots-clés : nomadisme, poésie, Égypte, judaïsme, Edmond Jabès Keywords : nomadism, poetry, Egypt, Judaism, Edmond Jabès « D’un livre à livre, il y a l’infini peuplé du désert ; peuplé de pensées, d’espoirs messianiques, de rêves, de remords, de prières, d’appels de détresse ou d’amour ; peuplé de lettres mortes » (Jabès, Le Livre des ressemblances , 16). Cette citation nous introduit immédiatement dans un monde caractérisé et déterminé à la fois par un désert réel, topographique, et par des états personnels intrinsèques. Edmond Jabès, comme on le verra, est perpétuellement à la recherche du Livre, et son terrain est justement ce

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