AGAPES FRANCOPHONES 2012
46 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 hilarantes, du comique de situation, surtout dans le pastiche de Balzac. Imaginez de nombreux personnages qui se pressent dans une réception mondaine. Ils sont non seulement nommés, mais caractérisés chacun par une incise : « […] la maîtresse de la maison – cette carmélite de la réussite mondaine » (71). Ainsi le non-conformisme du pastiche peut résider dans une discordance entre la forme et le contenu, ce qui pourrait constituer l’objet d’une étude sur « la poétique de la discordance narrative », telle que l’entend Raphaël Baroni dans son essai L’œuvre du temps . Selon Baroni, le pastiche est essentiel, car il nous conduit à accéder à des œuvres qui risquent de tomber dans l’oubli (prenons Renan, Maeterlinck, même Ruskin). Après tout, le pastiche permet d’entamer des études comparatives, de réfléchir à des événements extra-littéraires, de la société ou de l’histoire. Il est désormais évident que L’Affaire Lemoine nous confronte à des crises de la Belle-Époque. Conclusion Prise entre le texte et le contexte, la frontière entre pastiche et métalepse de l’écrivain est poreuse. Le pastiche, ainsi que la métalepse entraînent une manipulation littéraire, un déguisement, et donc une subversion des dichotomies classiques : fiction et réalité, auteur et narrateur, récit du réel et récit fictionnel. Dans ce processus, il y a du nœud et du dénouement, ce qui fait le paradoxe de l’identité scripturale. Par le biais de l’Autre, ici du texte de l’autre – soit-il Balzac, Flaubert ou Goncourt – ou par l’intrusion d’un autre, l’écrivain parvient petit à petit à donner voix à ce qui parle à l’intérieur, il se projette au-delà de l’identification, de l’autre côté du modèle initial. Écrire, poser sa propre voix, s’autoriser à parler en langues (la métaphore connue de Proust dans le Contre Sainte-Beuve : « les plus beaux textes sont écrits dans une langue étrangère »), inventer des mondes pour les habiter, voici quelques manières de forger de nouveaux « moi », de nouveaux visages de l’écrivain. Finalement, grâce à sa capacité de s’affiner dans le temps, le pastiche et la métalepse de l’auteur renouvellent les moyens de la représentation littéraire. Il faut certes que l’écrivain se défasse de l’obsession de l’écriture imitative, comme de l’anxiété d’influence. La seule question qui semble valable ici est celle de l’écriture originelle, celle qui, quels qu’en soient les modèles et les contraintes, se singularise en reprenant, repensant et réinventant l’acte d’écrire. Sans doute faut-il rompre avec l’idée des influences, des « sources » entre-tissées d’un auteur à l’autre et ne considérer que les liens se nouant de livre à livre, les œuvres étant des mondes clos obéissant à une nécessité intérieure et échappant à la volonté de l’auteur. L’œuvre « finie » cesse d’appartenir à celui qui pourtant l’a faite de son travail. Dans son dernier essai sur le plagiat, Rapport de
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=