AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 45 influencé : « Le tout était surtout pour moi affaire d’hygiène ; il faut se purger du vice naturel d’idolâtrie et d’imitation. Et au lieu de faire sournoisement du Michelet ou du Goncourt, en signant (ici les noms de tels ou tels de nos contemporains les plus aimables), d’en faire ouvertement sous forme de pastiches, pour redescendre à ne plus être que Marcel Proust quand j’écris mes romans ». ( Lettres 279) Sans doute cette justification surestime-t-elle les vertus purgatives du pastiche. Lorsque Proust affirme : « ne prenant jamais même inconsciemment le bien d’autrui, je ne fais jamais de pastiches plus ou moins volontaires dans mes œuvres, cela me donne plus de plénitude et de gaîté quand j’en fais ouvertement » ( ibidem ), il se trompe sans doute sur les voies de sa propre création. Mais il n’en reste pas moins que le pastiche lui a permis d’échapper aux dangers de l’admiration excessive envers certains auteurs qu’il lisait avec fidélité, comme si en multipliant les masques jusqu’au vertige, il allait enfin trouver son vrai visage. Afin de poursuivre, il convient désormais d’évoquer la triade auteur- texte-lecteur, car le pastiche met d’emblée au centre de la réflexion un écrivain-modèle, et à la fois, interroge le pouvoir de la littérature. Le lecteur et l’auteur du pastiche partagent quelque chose de précieux : la même culture par rapport au modèle, lecteur et auteur étant du même côté, complices. Il leur est même permis d’entendre ensemble et de… s’entendre. Grâce à cette complicité, le pastiche peut rassurer autant que plaire. Plus loin, la reconnaissance du modèle par le lecteur est facilitée par des expressions appartenant à ce que Jean Milly, dans son édition critique des Pastiches , nomme « la langue d’auteur » (29), c’est-à-dire le vocabulaire, les traits récurrents du style : l’usage des noms propres et des « superlatifs » de Balzac, l’usage des temps verbaux, du rythme saccadé de Flaubert, des clichés et mots familiers de Sainte-Beuve, par exemple. Le pastiche de Balzac épingle souvent le snobisme vulgaire et l’excitation devant la supériorité des « gens du monde ». À propos des thèmes balzaciens, Proust reprend des mots hyper-usités, comme : « élite », « aristocratie parisienne », « élégant », « illustre », « sublime », « connaisseur ». D’autres procédés font naître des personnages insolites, comme le nègre de Flaubert, ou des anachronismes. Proust semble préférer ce dernier moyen et se plaît à mettre en scène ses amis ou à se représenter lui-même. Ainsi, il est cité par les Goncourt qui relatent sa prétendue querelle et le duel avec Zola ; il est cité encore par Renan pour ses traductions de Ruskin, « d’une platitude pitoyable ». Ce n’est pas la superposition pure et simple qui donne la force comique et l’expressivité du style du pastiche, le lecteur perçoit successivement une ressemblance et une dissonance avec le modèle. Cet écart de conformisme peut se présenter au niveau thématique ou par une accumulation d’expressions soulignant des tics ou des tendances

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