AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 71 semblables aux bruissements innombrables et imperceptibles qui forment le ton habituel d’un caractère. Mais elle n’a pas un regard assez profond sur sa construction mentale pour se rendre compte qu’en fait, tout ce qui se retrouve dans ce caractère pourrait être prêté à son origine étrangère. C’est vrai qu’elle emprunte ingénieusement aux Français l’arrangement de la parole peinte, le langage frais et joli, tout comme l’élégance et le charme le plus aimable, mais elle reste l’image d’une autre culture. Le poème Le Pays nous invite à contempler les paysages français et vient nous montrer l’extraordinaire habilité de la poétesse d’adapter son art à la manière de la culture qu’elle admire et seule la différence de structure mentale pourra nous offrir la solution d’une énigme qui n’est qu’apparente : Quand votre nom, miroir de toute vérité, Émeut comme un visage, Alors on a conclu avec votre beauté Un si fort mariage ( Le Pays, 1901, 3) Le paysage de la ville qui l’a vu naître apparaît dans des images qui peignent un espace artistique qui correspond sur le plan dynamique au principe d’une apparente stabilité : Quand on a bien aimé vos forêts et vos eaux, L’odeur de vos feuillages, La couleur de vos jours, le chant de vos oiseaux, Dès l’aube de son âge. Quand amoureux du goût de vos bonnes saisons Chaudes comme la laine, On a fixé son âme et bâti sa maison Au bord de votre Seine. ( Idem ) Mais en réalité, sous cette apparente stabilité, le poète nous dévoile le principe de sa multiplicité, la mobilité étant primordiale dans sa création lyrique : Que l’on ne sait plus bien, quand l’azur de votre œil Sur le monde flamboie, Si c’est dans sa tendresse ou bien dans son orgueil Qu’on a le plus de joie… ( Ibidem , 5) L’analyse de ces quelques poèmes d’Anna de Noailles nous a permis de constater que la poétesse appartient, comme le note A. Bargenda, à un monde idéal . Elle apparaît comme une nomade sur les routes terrestres, sa situation symbolisant en fait son dépaysement physique et moral. En perpétuelle quête de la terre promise, Anna de Noailles vivifie d’une manière exceptionnelle ses errements de l’esprit pour nous offrir une

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