AGAPES FRANCOPHONES 2012
70 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Ce pays lointain, univers des ancêtres paternels, prend contour grâce à une sensibilité où viennent converger différentes images typiques pour la Roumanie : Mon père me parlait de rives bucoliques, Des espaces brillants de maïs et de blés, J’imaginais debout, dans les sillons comblés, Le paysan rieur, au cœur mélancolique. ( Ibidem ) Constantinople livre les pulsions d’un certain orientalisme. On peut y remarquer aisément l’interférence de l’événement biographique avec l’apport imaginaire ; la poétesse signale le croisement entre la réalité et l’émergence du moment poétique, où le vécu est modelé selon les principes de l’art : La beauté du ciel turc, des cyprès, des murailles, Nul ne peut l’enfermer, Mais le bel univers se répand et tressaille Dans des regards pâmés. ( Constantinople , 1907) Le poème vient traduire les images d’un monde que la poétesse a connu dans sa première enfance et on y décèle une dynamique matérialisée par les symboles d’une géographie réelle : Une barque passa, pleine de friandises, O parfums balancés ! Des marchands nous tendaient des pâtes de cerises Et des cédrats glacés. Une vieille faisait cuire des aubergines Sur l’herbe, sous un toit, Le ciel du soir était plus beau qu’on n’imagine, J’avais pitié de moi. ( Ibidem ) C’est dans le psychisme profond que l’auteure retrouve les moments de ce voyage d’enfance sur les bords des eaux douces d’Asie : J’ai vu Constantinople étant petite fille, Je m’en souviens un peu, Je me souviens d’un vase où la myrrhe grésille Et d’un minaret bleu. Je me souviens d’un soir aux Eaux Douces d’Asie, Soir si traînant, si mou, Que déjà, comme un chaud serpent, la Poésie S’enroulait à mon cou. ( Idem , 33) Et pour regagner l’univers français, elle soutient que tout ce qui est français dans son esprit est bâti sur les formes et les couleurs qui l’entourent, les rêves qui lui offrent la sérénité du soir, les émotions sourdes
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