AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 69 L’arrivée à Bucarest est présentée dans des images qui décrivent l’atmosphère d’une ville colorée : Puis un jour j’entendis d’étranges violons Dont Paris acclamait les phrases déchirantes J’écoutais ces appels vers les routes errantes Où mon œil enfonçait son vœu brûlant et long L’un des musiciens, dans la troupe enivrée Jouait farouchement de la flûte de Pan. Peut-être que ma vie, à jamais altérée De ce chant frénétique et nomade dépend ( Souvenir des aïeux , 1929, 9) Ces tziganes ont été présents à tous les actes de ce séjour bucarestois de la comtesse de Noailles et ont imprégné de leurs mélodies populaires son âme. C’est l’image d’un Bucarest d’été « où le grand Pan, déguisé en tzigane, joue en personne sur le syrinx». (Morand 1935, 127) Elle a associé les tziganes à sa première image de Bucarest, ville qui « ressemble à Constantinople dans un état très mince ». (Morand 1935, 66) À Bucarest l’horizon délicat des images ne fait qu’impressionner la comtesse par les inscriptions mystérieuses des bâtiments : Je me souviens des jours sans fin, couleur d’aurore Des enfants nus, des bœufs, des murs blancs et des ifs. Là j’ai vu des palais, des églises, des tombes, Tout ce dont mon esprit ignorant était né ( Ibidem ) Dans ses Souvenirs des aïeux , Anna de Noailles présente les liens qu’elle entretient à ses origines: Une enfant qui naquit sur la terre latine, Et dont le rêve fut chantant et pastoral, Est puissamment liée au secret ancestral Qui du bord d’un pays vers d’autres bords l’incline ( Ibidem ) Elle avait une âme « faite pour la joie, presque inconsciente, des pays de Soleil et qui a bu le poison de la philosophie occidentale ». (Gourmont 1910, 42) Emprisonnée sous le ciel gris de Paris, la poétesse, pour s’épanouir, a dû créer autour d’elle une atmosphère faite de belles images, de lumières, de parfums où s’exprime jusqu’au délire l’amour de la vie et du soleil créant une atmosphère lumineuse : Climat spirituel, France au soleil d’argent, Quand mon âme au sang vif fut par ses soins nourrie, Je sus qu’une lointaine et rêveuse Patrie Avait formé mon sort d’un fuseau diligent. ( Ibid e m )

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