AGAPES FRANCOPHONES 2012
68 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 C’est pour cette raison que, dans son cas, les Parisiens voyaient en elle une personne qui ne correspondait pas à leur optique d’attente mono culturelle. Dans la société parisienne, dans le salon de Mme Montebello, les deux petites Brancovan, Mme de Noailles et Mme de Chimay, en faisant les Dreyfusistes, se retrouvent rapidement dans le cosmopolitisme : Vous, des Françaises ?...De quel droit ?...Allons donc, vous êtes des gavroches de Byzance… (Barrès 1930, 88) Même Barrès, dans ses Cahiers affirme l’opposition de la race orientale où il situe la comtesse de Noailles à la race occidentale, car elle « a un sentiment de la nature bien plus vif, émotif et fort, que nous, autres Français n’en avons », « un instinct qui s’étonne et s’inquiète, une émotion devant la mystérieuse nature et si l’on pousse on va au panthéisme». (Barrès 1930, 88) Insistant d’une manière nette dans toute sa création sur le fait qu’elle était Française, la comtesse de Noailles a dévoilé qu’elle croyait quand même à l’hérédité. Elle chantait ses aïeux dans Constantinople et Paganisme . Cette affirmation d’appartenance à la terre française qu’elle a prononcée souvent dans sa vie ne fait que souligner que, « fruit d’une double lignée de déracinés » (Broche 1989, 18), Anna voulait se sentir profondément enracinée. La dynamique culturelle en quelques poèmes d’Anna de Noailles À un âge très tendre la comtesse de Noailles fit un voyage à Bucarest et à Constantinople, voyage révélateur de tout cet Orient qui représente le secret de son âme ardente, inquiète, enchantée et douloureuse. Dans Souvenir des aïeux , Constantinople et Le Pays Anna de Noailles peint le désir , l’unique désir de se retrouver, un désir qui apparaît sous la forme d’une fièvre indéfinie et plus vaste que l’amour. Il semble que ses nerfs trop délicats soient liés à toutes les choses de l’univers vivant. Il est important de souligner le rôle des images dans son inspiration littéraire qui est si imprégnée par une riche tradition familiale ouverte aux expressions de l’art universel. C’est avec les représentations de l’Orient que se tissent ses textes, « représentations inspirées d’abord par l’image qu’Anna renvoie d’elle-même et que son milieu entretient». (Peltre 2008, 61) Il s’agit d’une sorte de transposition qui ne se fonde qu’en apparence sur un événement réel ; en réalité sa passion vise quelque chose de beaucoup plus profond qui se retrouve dans son amour qui s’adresse aux paysages, aux cités inconnues. Cette passion dit la nostalgie de son esprit oriental en quête de ses propres racines, secrètes, multiples et convergentes.
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