AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 67 Parmi ses critiques, Paul Flat note que la poétesse, lorsqu’elle a fait la dédicace à son premier volume de poèmes, elle a voulu se rattacher à la terre elle-même : Aux paysages de l’Ile de France, ardents et limpides, pour qu’ils le protègent de leurs ombrages». (Noailles, Coeur Innombrable , 1901, première de couverture) Ce geste apparaît comme un mouvement « plein de grâce, en tout digne du sexe qui d’instinct sait trouver les altitudes et camper son personnage » (Flat 1909, 22). C’était comme une flatterie et une caresse de la femme qui reparaissait sous l’image du poète qui savait que sur la douce terre de France il y avait des bras ouverts pour accueillir ceux qui venaient de loin. (Beck 2006,12). La publication de son premier livre a été vue par la critique comme une assurance à double titre à la bienveillance d’un accueil qui, dans les circonstances de sa génération, avait pu rencontrer plus de froideur, vu que l’auteur était une femme et en plus, une femme d’origine étrangère. Au milieu du XIX e siècle on opposait les exigences cosmopolites aux valeurs bénéfiques de la patrie. Le cosmopolitisme ne représentait que le support pour une idée superbe, s’agissant ici d’une idée qui entraînerait dans la vie d’un homme seulement le déchirement intérieur. Il est bien connu que dans de nombreux pays européens et notamment en France, les cosmopolites étaient vus comme une « espèce située à mi-chemin entre les déracinés, les ennemis et les insectes » (Beck 2006, 12), des personnes qu’on devait oublier. Dans la modernité nationale de la Belle Époque le cosmopolitisme ne pouvait régner que dans les esprits ; la société ne pouvait pas le comprendre, ni même le vivre, car le nationalisme faisait battre les cœurs. Anna de Noailles fait la preuve d’un cosmopolitisme inconscient car toute sa vie est devenue une partie d’un autre monde, d’une autre culture, d’une autre religion et des histoires étrangères sans qu’elle soit consciente ni qu’elle le veuille expressément. C’était à cause de son cosmopolitisme qu’elle avait besoin le plus souvent besoin de sortir de soi même : Chercher l’excitant nécessaire à la production, de suppléer aux défaillances d’un tempérament qui ne saurait, par sa seule vigueur étreindre son sujet : à une époque où l’originalité véritable tend à se faire de plus en plus rare quelle meilleure marque de plasticité littéraire ? Nul doute qu’il faille attribuer à cette double cause : origine étrangère et cosmopolitisme, la plasticité de notre auteur. (Flat 1909, 26) Cette faculté commune à tant de femmes, la plasticité, a rendu possible l’expression du besoin de se plier aux influences, de les accepter et de les quêter comme un fardeau voulu, attendu et désiré. Française d’adoption elle revendiquait ce titre, que certains lui contestaient.

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