AGAPES FRANCOPHONES 2012

66 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 mais toujours rêvée. Et comme le rêve nous construit, le final du poème Souvenir des aïeux souligne cette idée : Les rêveries de nos aïeux, Leurs souvenirs, leurs promenades Nous hèlent. On est sous les cieux D’éternels et penchants nomades ! (9) Comme tout le monde parlait français autour d’elle, Anna de Noailles avait inféré rapidement que «la France seule était une nation et comptait dans le monde. » (Noailles, Le livre de ma vie , 1932, 23) La comtesse sent appartenir à tout ce qui est français : […] l’air et les aliments font le corps à la longue, le climat, son degré et ses contrastes produisent les sensations habituelles, et à la fin la sensibilité définitive : c’est là tout l’homme, esprit et corps, en sorte que le ciel et le sol marquent tout l’homme à leur empreinte. ( Idem , 81) Une cosmopolite Lorsque la fille aînée des Brancovan vint au monde, Paris était encore la capitale spirituelle de l’Occident. Les célébrités mondiales, les hommes d’État tombés en disgrâce, les nobles exilés, les artistes incompris, tous ceux qui aspiraient aux douceurs de la liberté, aux plaisirs de la vie ou de l’esprit, trouvaient dans cette Athènes moderne une patrie adoptive. Dans les années de son enfance se ressentent des problèmes de sa génération : une recherche d’identité et de solidarité qui hésite entre patriotisme et cosmopolitisme, entre tradition et révolution, une exigence spirituelle qui rejette les anciennes croyances mais qui discrédite le scientisme. Pour nous, Anna de Noailles, en dépit de son nom français, fait figure de cosmopolite au sein de la société de son temps : […] ses goûts et ses premières expériences nous révèlent une formation où les images enregistrées viennent se combattre, en se confrontant les unes aux autres». (Flat 1909, 25) Anna de Noailles ordonne ses sensations suivant une méthode qui n’est pas celle des Français. De cette manière, tous les Français de souche peuvent reconnaître chez cette « Française d’adoption des éléments inassimilables ». (Flat 1909, 29) Dans une France hautement nationale qui manifeste une individualité à soi constituée sans doute par la race, la langue, l’histoire, la religion, être différent représente une raison suffisante d’attirer l’attention. On constate dans ce type de nationalisme que les personnes qui vivent entre deux chaises culturelles apparaissent comme des personnes déracinées et sans patrie.

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