AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 65 la toute puissance royale mystérieusement incarnée par son père». (Borely 1939, 14) De son père, la comtesse de Noailles tenait le goût de la grandeur, l’amour de la parole et le besoin de se situer toujours dans la haute société. C’était la musique de la princesse de Brancovan qui « a enfanté la poésie de sa fille » (Borely 1939, 26), mais aussi le culte de la littérature qui prédominait dans la famille, culte qui s’explique par une double hérédité d’érudits, d’humanistes, d’écrivains politiques. L’inspiration fut d’abord pour elle une musique qui jaillissait de son corps, grâce à laquelle elle avait vécu « au son de sa voix » (Noailles, Le livre de ma vie , 1932, 206). Car elle soulignait dans ses mémoires la présence d’une imprégnation subtile qui va plus loin que la musicalité des strophes et des phrases et lorsqu’elle a affirmé qu’elle était issue tout entière du bois du piano de sa mère, cette expression peut apparaître comme une approbation de l’espace par le langage des sons. Dans L’émouvante destinée d’Anna de Noailles , peu après la mort de la poétesse, Marthe Borely notait : Française de naissance, mais Grecque par sa mère – née à Constantinople d’une famille crétoise – et par toute l’ascendance maternelle de son père, et que la goutte de sang valaque qui lui venait des Bibesco lui paraissait si négligeable, qu’elle ne se réclama jamais que de deux patries, la France et la Grèce. (Borely 1939, 17) Anna de Noailles se réclame de la Crète, l’île qui représente la patrie de ses aïeux maternels. Bien qu’elle l’appelle familièrement la turquerie , elle « resta très attachée à cette famille maternelle qui lui transmit, avec l’amour de Paris, l’admiration pour la splendeur ottomane et l’élégance britannique » (Mignot-Ogliastri 1986, 21). Elle peint dans ses poèmes l’image des deux « poétiques grand-mères » (apud Mignot- Ogliastri, 1986, 21) qu’elle n’eut pas la chance de connaître. Tandis que sa grand- mère maternelle, Anna Vogoridy était « une Grecque aux yeux allongés » qui lui avait transmis « les pleurs de la poésie » , l’autre grand-mère, du côté paternel, Zoe Mavrocordato, était « une reine au front distant » qui a puisé dans son âme « l’animation solitaire » (Noailles, Forces éternelles , 1921, 99). Ce qui frappe dans cet héritage c’est l’apport de l’intelligence, de la diversité tout comme l’ouverture au monde, tout cela se situant sous le signe de la contradiction : Grèce et Turquie, démocratie et culte des héros, pacifisme et honneur militaire, cosmopolitisme et patriotisme, Orient et Occident, classicisme et romantisme, joie et détresse de vivre». (Mignot-Ogliastri 1986, 21) La comtesse de Noailles a affirmé que, dès l’enfance elle a connu les origines de ses parents, et une telle connaissance n’a pas été raisonnée,

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