AGAPES FRANCOPHONES 2013

Maria de Fátima OUTEIRINHO Université de Porto, Portugal, Institut de Littérature Comparée Margarida Losa 176 Pégase, Tantale, Epictète,MarcoPolo, Colomb,Magellan, La Fontaine, VictorHugo, Rimbaud, Brassens… Dans Marie-France l’orpailleuse , bien que le protagoniste soit une femme afri- caine, institutrice de formation, elle se trouve en situation diasporique ; elle est àPa- ris pour faire la France, aux prises avec une condition migrante clandestine, aux prises aussi avec un voyage intérieur qui découle des obstacles éprouvés, des que- stionnements surgis d’une expérience limite qui mène la protagoniste à se redéfinir par rapport au pays natal et à soi. De fait, arrivée en France, Marie-France se rend bientôt compte d’un besoin de révision des représentations qu’elle se faisait de cet ailleurs rêvé, d’une France objet de fascination (Bonono 2012, 38) Les attentes frustrées, le racisme côtoyé, la vie pas facile en France, la galère qu’est aussi la France, Marie-France se garde de les dire à ceux restés au pays (44). Ayant choisi la voie de l’émigration et acculée à l’exil (31), elle se voit bientôt dé- munie d’argent, d’avenir, d’affection et renforce ainsi sa condition exilique : « Je n’arrête pas de ressasser, plongée dans ma vie. (…) Je me suis identifiée à Cosette et j’ai eu pitié de moi-même. » (11) Son exil volontaire devient exil imposé, car la honte du retour ne rend pas envisageable de rentrer au pays (35). La protagoniste, à prénom prémonitoire éphémère, trouvera finalement son El- dorado rêvé non pas en France, mais dans son pays natal et deviendra par la suite orpailleuse de pépites d’or rares, porteuses d’avenir, bien que, dans un premier temps, insoupçonnées. Récit à la première personne, une sorte de journal (150), Marie France l’Orpail- leuse narre une histoire individuelle mais aussi celle de «Monsieur et Madame tout le monde » (157) aux prises avec un parcours de vie exilique. Conclusion Lesmouvances diasporiques chez LéonoraMiano et Angeline Solange Bonono, sou- vent ancrées sur une apparente dystopie annoncent tout de même des chemins nou- veaux, des chemins d’espoir aux enjeux afrodiasporiques. Érigées sur des déplace- ments physiques, mentaux ou formels, les écritures à contours singuliers des ouv- rages deLéonoraMiano et Angeline Solange Bonono travaillent sur des personnages exiliques éprouvant undéracinement qui déclenche un repositionnement de soi, mê- lant inévitablement voyage extérieur et voyage intérieur, et prônant une reconstruc- tion identitaire à vivre individuellement par tout chacun, bien que tissée à partir et en relation avec un héritage et un vécu pluriels. Textes de référence Bonono, AngelineSolange [entretienparMohamadouHoumfa]- 02/02/2010, http://www. journalducameroun.com/article.php?aid=3944 (consulté le 20 février 2013). Bonono, Angeline Solange, Soif d’azur , Yaoundé, Éditions de la Ronde, 2002. Bonono, Angeline Solange, Bouillons de Vie , Yaoundé, Éditions les PU, 2005. Bonono, Angeline Solange, Déesse Phalloga , Yaoundé, Éditions Sopecam, 2006. Bonono, Angeline Solange, Le journal intime d’une épouse , Yaoundé, Éditions Sopecam, 2007. Bonono, Angeline Solange, Marie-France l’orpailleuse , Paris, L’Harmattan, 2012. Miano, Léonora, L’intérieur de la nuit , Paris, Plon, coll. Pocket, 2005. Miano, Léonora, Contours du jour qui vient , Paris, Plon, coll. Pocket, 2006.

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