AGAPES FRANCOPHONES 2013

Mouvances diasporiques chez Léonora Miano et Angeline Solange Bonono : le voyage extérieur et le voyage intérieur 175 15 Le Journal Intime d’une Epouse , par exemple, se penche sur les mariages forcés. 16 V. « Mes auteurs préférés sont : Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Pabé Mongo, Séverin Cécile Abéga, Mpoudi Ngollè, Bernard Marie Koltès, Rimbaud, Nerval, Chénier, Voltaire, Rousseau, Georges Sand, Françoise Sagan, Jean-Paul Sartre, Régine Desforges, Simone de Beauvoir, Gaston Kelman, Franz Fanon, Maryse Condé, Calixte Beyala, Léonora Miano, Bessora, Ken Bugul, Jag, François Nkémé, Gaston Paul Effa, Eugène Ebodé…Je dirai que j’aime toutes les belles plumes, Marcel kemajou Njanké…et autres. » (Bonono 2010) ChezMiano, lesmouvances diasporiques se structurent autour d’une polyphonie de l’humain, un humain diasporique voire exilique, frontalier et à multi-apparte- nance, impliquant des voyages dans l’espace, des voyages physiques, impliquant aussi des quêtes intérieurs et un voyage intérieur car « Le défi est de faire en sorte que les heures sombres du passé deviennent enfin l’Histoire, pas un présent per- pétuel. » (Miano 2010, 49). On a affaire à une autre voie que celle d’une littérature liée tout simplement à l’émigration. Ce qui importe à présent c’est un homo viator rhizomatique en quête d’une nouvelle ère sous une perspective afrodiasporique. L’épigraphe de Murakami à Blues pour Élise est donc une bonne synthèse d’une problématique centrale et transversale chez LéonoraMiano : « Un jour nouveau est sur le point d’arriver mais l’ancien porte encore sa lourde traîne. Comme l’eau de la mer et l’eau de la rivière affrontent leurs élans à l’embouchure, le nouveau temps et l’ancien temps luttent et se mélangent. » (Miano 2010) Et qu’en est-il de l’écriture d’Angeline Solange Bonono ? Émigration et voyage intérieur chez Angeline Solange Bonono Dans un entretien de 2010, Angelline Solange Bonono affirmait : « Comme tous les écrivains, je traite des problèmes de la condition humaine, des problèmes physiques, métaphysiques, la confrontation entre l’Homme et son univers, les malheurs, les instants de bonheur… » (2010). Il faut bien dire tout de même que chez Bonono cette condition humaine se trouve ancrée sur une appartenance africaine et à l’oc- casion de la parution de Bouillons de Vie , l’ouvrage est même signalé par le littéraire congolais AlphaNoëlMalonga comme participant de la Nolica (Malonga 2007, 245), Nolica voulant dire Nouvelle littérature camerounaise, catégorie créée par Pabé Mongo et qui se caractérise par « la restitution de l’identité et des réalités camerou- naises dans une écriture aux élans réalistes et la pratique du francophonien , c’est-à- dire le camerounisme, le camfranglais, enmatière linguistique. » (245) Bouillons de Vie et Le journal intime d’une épouse , les deux premiers romans d’Angeline Solange Bonono se passent en Afrique, au Cameroun, et ils nous parlent des déboires du par- cours existentiel de deux personnages féminins et des paradoxes d’une société came- rounaise contemporaine en mutation, toujours attachée qu’elle se trouve à des pra- tiques ancestrales 15 . Le roman Marie-France l’orpailleuse s’il s’inscrit, au moins linguistiquement, dans une mouvance africaine issue de différentes actions colonisatrices ; il s’inscrit également dans un éventail référentiel français et européen de taille : la protagoniste dit d’elle-même qu’elle connait ses classiques (Bonono 2012, 17) et l’auteure du ro- man prend soin demontrer et démontrer à ses lecteurs qu’elle les connait aussi 16 . En effet, toute une galerie de références et de figures culturelles françaises et europé- ennes surviennent à fonction variable, à clave ornementale ou à clave ironique :

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