AGAPES FRANCOPHONES 2013
Maria de Fátima OUTEIRINHO Université de Porto, Portugal, Institut de Littérature Comparée Margarida Losa 174 appartenance, de prise de conscience de la présence d’une nationnoire au sein d’une autre nation qui lui est hostile. En fait, son incompréhension et perplexité découlent du fait que chaque fois qu’il s’était rendu au pays avec ses parents, il avait conscience d’être Occidental, il ne se sentait pas « fils de Kemet , mais homme, tout simple- ment. » (65). Bien que plusieurs des personnages des récits de Léonora Miano aspirent à me- ner une vie d’homme, cela semble une véritable utopie pour tous ceux qui sont an- crés sur un patrimoine africain. Même dans un contexte de migration clandestine, le rêve de vivre juste comme un être humain devient impossible. Le récit anonyme en première personne, intitulé « Depuis la première heure », narre l’errance et le désespoir d’un jeune homme, un sans papier, au rêve brisé de vedette de football en France. Acculé à une errance géographique, il est en outre en exil intérieur car la honte l’empêche de retourner au pays natal et il ne lui reste que d’exercer la science des sans papier, faire « Le tour de France de l’effacement », « Se cacher partout : Pa- ris, banlieue, province, Paris. » (Miano 2008a, 31) Les histoires entrecroisées de Tels des astres éteints se situent aussi en France. Les personnages Amok et Shrapnel venus d’Afrique équatoriale et Amandla venue d’un département d’outre-mer, font de l’Afrique qu’ils désignent par le Continent, une réalité omniprésente. Ils sont les trois voix du roman et simultanément les trois pensées qui, à la fois, développent toute une réflexion et sur eux-mêmes et sur les Noirs. En se retrouvant en Europe, ils en font une référence centrale qui impliquera une définition identitaire par rapport à une collective double appartenance : au peuple noir et au genre humain et cela à travers leurs parcours existentiels qui se croisent. Malgré le pari sur les relations interpersonnelles développé dans cet ouvrage, chacun de ces personnages poursuit une route particulière. Shrapnel et son rêve d’unification des Africains, « Il voulait restituer sa composante noir au genre hu- main » (Miano 2008b, 60), combattre l’invisibilité noire « La diaspora noire du Nord commençait à se donner nom », que les Noirs du Nord « cessent de migrer en permanence leur for intérieur, d’être des nègres errants nulle part chez eux. » (79– 80) ; Amok et son scepticisme face à des projets rédempteurs et salvifiques et Amandla et sa croyance à une solution pour les Noirs qui « (…) viendrait de la con- fiance retrouvée en soi-même. (…) C’était pourtant ce qu’il y avait de plus difficile à accomplir : faire en sorte que ceux qui avaient intériorisé le mépris manifesté à leur endroit, cessent d’attendre que d’autres valident leur humanité. Qu’ils cessent de justifier leur être au monde… » (81) Face à une quête identitaire ancrée sur un vécu frontalier, ce qui s’avère vraiment essentiel, c’est qu’on se rende compte de leur existence et de ceux qui partagent une conscience de couleur. Raison pour laquelle les jeunes qui habitent l’immeuble d’Amok se parfument excessivement car « Il fallait qu’on les sente » (23). La complexité de la quête identitaire trouve donc dans cet ouvrage de Léonora Miano une arche au trésor. Si, d’une part, la construction de l’identité se fait par le biais du regard de l’autre porté sur la couleur de la peau – « la couleur recelait une valeur » (155) –, d’autre part, elle se fait aussi par la prise de conscience de choix et de parcours individuels à tracer, et Shrapnel s’en rend compte quand il affirme que « la couleur ne pouvait être le seul déterminant identitaire d’un individu » (241). En fait, le besoin identitaire est une constante face à l’appartenance à la condition humaine.
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