AGAPES FRANCOPHONES 2013

Mouvances diasporiques chez Léonora Miano et Angeline Solange Bonono : le voyage extérieur et le voyage intérieur 173 11 V. les opinions d’Amok dans Tels des astres éteints : « Les identité ne seraient pas natio- nales mais frontalières.(…) Les hommes sauraient leur destin commun » (Miano 2008b, 126) V. aussi (Miano 2012, 139) : le mot Afropéen indique « l’obsolescence de la nation comme ré- férent identitaire ». 12 V. « La couleur était signifiante » (Miano 2008b, 96). 13 V. « S’ils vivaient en marge de la mémoire nationale telle que la concevait la vieille dame, ils ne l’avaient pas choisi. » (Miano 2010, 102) 14 Le personnage Amok de Tels des astres éteints partage plusieurs traits et réflexions avec ce jeune home d’« Afropean soul ». V. (Miano 2008b, 122, 125). passé ignoré confisque les lendemains. » (14), il est aussi question de parler et arri- ver à une conscience diasporique àmatrice commune pour l’Afrique subsaharienne : Les peuples africains sont, eux aussi, enfants de la traite négrière. Elle a opéré en eux des mutations que la colonisation n’a fait qu’intensifier. Les Aubes écar- lates espère, à sa manière sciemment chaotique, le surgissement d’une nouvelle conscience diasporique. Cela n’est envisageable qu’à condition que l’Afrique subsaharienne acceptera de prendre la traite négrière comme élément fondateur. (270) La figure de l’Afropéen, signe également de déplacement, revient souvent dans l’éc- riture deMiano ; l’afropéen étant celui qui vit lamulti-appartenance et quelques fois des « tergiversations identitaires » (Miano 2010, 106), celui qui doit « s’imposer, s’inventer, se dire » (106). Il n’est plus question d’un statut afro-français. Nous avons plutôt affaire àune conditionafropéenne oumême afro-occidentale. Non par hasard, la dédicace de Tels des astres éteints c’est « Pour les identités frontalières » (Miano 2008b), la nation n’étant plus référant identitaire 11 . Afropean Soul et autre nouvelles et Tels des astres éteints ne paraitront sûre- ment pas par hasard la même année, en 2008, et mettent en scène des personnages aux prises avec une condition hantée par le patronyme, la couleur 12 ou toute histoire migratoire issue d’un passé de colonisation. Blues pour Élise , ouvrage parudeux ans plus tard, est traversé par des personnages pour la plupart nés ou grandis en France qui eux-mêmes éprouvent la difficulté de vivre une condition afropéenne. La figure de l’Afropéen nous pouvons encore la repérer dans la nouvelle « Afropean Soul ». Cette nouvelle rend compte d’une façon bien claire du poids lourd du passé vécu par un jeune Français qui, de son vivant, n’a éprouvé qu’une vie sédentaire, mais qui, soudain, prend conscience d’un manque, d’une faille dans l’Histoire de France, Histoire évidé d’une présence noire, évidé d’une identité faite de multi-apparte- nances 13 : Il ne se sentait pas particulièrement proche de ceux qui s’exprimaient [dans les radios communautaires], ne vivait pas comme un Africain exilé en France. Il était un Afropéen, un Européen d’ascendance africaine (…) Le jeune homme se demandait si l’identité des Afropéens était nationale. Il avait toujours cru les ide- ntités multiples. (Miano 2008a, 53) Ce jeune homme, à formation universitaire, qui trouve des obstacles à trouver un emploi, travaille finalement dans un centre d’appels et est contraint d’adopter un nom français car son patronyme n’efface pas la couleur et devient problème dans les contacts avec les clients 14 . Face à une manifestation d’une organisation noire radi- cale, il entreprend un voyage intérieur de problématisation de son identité, de son

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