AGAPES FRANCOPHONES 2013
Allocution d’ouverture du CIEFT 2013 18 qu’est-ce qui est constitutif du voyage électronique? Ce voyage se base sur des images non immédiates, mais médiates. Pourtant, ne suis-je pas également rede- vable àmon cerveau d’images sans truchement, sans écran, sans autre chose ou per- sonne que la réalité et moi ? Et dans l’immédiateté et la toute-puissance du simple ou du double clic, est-ce que je ne cours pas le risque d’être volé ? Volé de ma créa- tivité de faiseur d’images ? Et pour finir, de beaucoup d’idées - on se le rappelle, idée provient du latin « idea », issu lui-même du grec ancien « Æ δέα », qui signifie « forme visible » ou « aspect ». Le voyageur électronique serait-il victime d’une escroquerie, d’un vol, le surplus, la surenchèremasqueraient-ils un réel appauvrisse- ment ? Celui qui s’interroge ainsi peut être taxé très vite de passéisme. Plumitif primitif, le voilà dans le rôle de Cro-Magnon du papier, de Néanderthalien du livre. Et on lui objectera que la profusion d’images, qui s’oppose à leur rareté relative d’avant l’ère des écrans qui prend son essor vers les années 1950, est aussi un « catalyseur » du cerveau et que cette surabondance lui permet justement des voyages sans fin. Que la possibilité de choix fait le vrai citoyen : mais est-ce ici un citoyen avisé ou un con- sommateur parfois bien seul face aux intérêts commerciaux colossaux qui dominent le cybermonde ? Nous sommes tous des voyageurs de ce nouveau type, nous sommes tous em- barqués, tous concernés. Pour notre cerveau, il y a une rupture majeure, de même que pour nos corps, la révolution agricole du néolithique a été une rupture majeure. La rareté a cédé la place à l’abondance, mais se pose le problème de l’assimilation de celle-ci. Il y a un réel risque de souffrir à terme d’une obésité iconique, si j’ose dire. Ces quelques réflexions ne sont pas nostalgiques de l’ordre ancien, de l’« ordre du papier ». Nul pessimisme, mais une vigilance accrue. Si le chemin change le voya- geur, n’oublions pas que le voyageur a le choix du chemin. Ceci nous ramène à ce que nous pouvons décider de décider, décider de faire ou de ne pas faire. Il faut toujours garder le contrôle des images. Ce qui veut dire aussi sortir de sa chambre, aller vers la lumière extérieure, et regarder. En donnant leur vraie place aux écrans, on donne sa vraie place à la vie. Je vous remercie de votre attention. Timişoara, 15 mars 2013
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